Ayant l’embarras du choix devant les ouvrages que je veux aborder, c’est néanmoins sans hésitation que je débute ce blog par le livre splendide de Pierre Créac’h, découvert sur le stand des éditions Sarbacane au Salon de Montreuil. Son format m’avait déjà interpellée, le titre ensuite m’a incitée à l’ouvrir ; je ne l’ai pas regretté (tant et si bien que nous avons interviewé l’auteur quelques semaines plus tard.).

Crescendo

Du début à la fin de cette découverte, l’auteur m’a en réalité menée de surprise en surprise. J’avais d’abord été impressionnée par la richesse des illustrations à la mine de plomb rassemblées dans un album (très) grand format. Le contenu a été à la hauteur de mes premières impressions. Car si les images sont en noir et blanc, le récit n’en est pas moins haut en couleurs. Le Château des pianos, écrit, illustré – picturalement et parfois musicalement – par Pierre Créac’h ne cesse d’étonner par son inventivité. Accompagnée d’un CD, l’histoire est racontée par Pierre Arditi, sur fond de musique classique qui oscille entre les œuvres de Bach, Mozart, Chopin, et Debussy, entre autres, et celles de Pierre Créac’h lui-même.

Do, Rémi, Fa, Sol, La, Si

Ce joli conte musical raconte l’histoire de Rémi, petit garçon qui s’apprête à passer un concours pour entrer au Conservatoire de musique. Dévoré par le trac, il déambule et s’égare sur des chemins de campagne. C’est ainsi qu’il découvre un château abandonné dans lequel reposent paisiblement les pianos des plus grands compositeurs… Or les instruments, tels de véritables êtres vivants, posent une condition : un tout nouveau morceau doit y être interprété. Le défi est lancé, le garçon doit composer.

Conseillé par le chat Cluster, qui n’est pas sans rappeler celui d’Alice aux pays des merveilles, Rémi veut apprendre à composer. Au nombre de sept, les personnages offrent tour à tour au petit pianiste ce qui lui permettra d’écrire. Tandis que les pianos lui remettent des feuilles blanches, l’araignée lui tisse des portées. Qui mieux qu’un cavalier peut ensuite lui offrir une armure, permettant, en musique, de donner la tonalité d’un morceau ? Enfin, à l’immense métronome mécanique, rigoureux et pressé, auprès duquel il se procure la clé du temps, succède le doux merle bleu qui ne lui enseigne rien d’autre que la sensibilité…

En avant la zizique

Sans la musique, ce conte n’aurait pas lieu d’être. Le disque vendu avec l’ouvrage n’est pas complémentaire, il est indispensable. Dès le début de l’histoire, les bruitages de la nature plongent n’importe quel lecteur au cœur du récit. La musique qui commence dès les premières minutes, par une Gnossienne de Satie, reflète avec cohérence l’aventure et les émotions du petit Rémi. À cela s’ajoutent naturellement les illustrations que Pierre Créac’h a choisi de placer en pleine page. Si l’on écoute le disque en même temps que l’on lit l’histoire, le conte est presque trop rapide. On ne sait plus où donner de la tête tant l’on est émerveillés par les illustrations, le piano, les bruitages et le texte que l’on est tentés de suivre en étant attentifs à la voix d’Arditi. À plusieurs reprises, j’ai hésité à mettre en pause l’histoire, tant le livre était riche, mais j’ai laissé le conte se dérouler. Puis je l’ai écoutée une deuxième fois.

Les clés du musicien

Ravie d’une lecture que j‘ai apprécié de page en page, j’ai pris plaisir à rencontrer des instruments – « confidents » et « intimes » des musiciens – qui parlent, s’émeuvent et sanglotent en écoutant avec nostalgie les œuvres des grands maîtres auxquels ils ont appartenu. En plus d’être un conte tout à fait charmant, ce livre de qualité enseigne les quelques clés de la musique classique. Il devrait donner envie à tout musicien en herbe de s’intéresser à la musique, voire au solfège (!) ; ou à d’autres lecteurs le courage de s’y remettre…

Manon

Le Château des pianos de Pierre Créac’h, éditions Sarbacane, 2014