Envol imminent

Un petit écolier à l’air des plus gentils nous invite à visiter le monde imaginaire qui est le sien. Cet univers, il le retrouve depuis son banc au fond de la classe, une place privilégiée pour s’évader, qu’il surnomme : le Pays du fond de la classe.

Alors commence dans son imagination une escapade riche de rencontres et d’aventures où il vogue de nuages en nuages, au-dessus de sa ville et jusque dans l’espace où il croise de drôles de créatures. Dans la lune, il y est bel et bien, mais pas que : c’est tout un monde riche, doux et paisible qu’il retrouve lorsque, depuis le Pays du fond de la classe, il s’envole, et ce, même quand la maîtresse décide de le changer de place.

 

 

Cet album est un éloge à la rêverie et à tous les rêveurs.

Il se veut universel, notamment par l’absence de noms de personnages, permettant ainsi à chaque enfant doux et songeur qui sommeille en nous de s’identifier au héros. Le temps de la lecture, la petite fille toujours dans la lune que j’étais m’est réapparue pour me rappeler combien il était agréable de rêvasser, ce qui rend cet album approprié tant aux enfants qu’aux plus grands. Au début de l’histoire, le jeune garçon décrit minutieusement cet endroit si particulier qui lui permet le mieux de s’évader et tout ce qu’il met en œuvre pour s’envoler dans les nuages, c’est une sorte de rituel sacré, avec ses règles précises :

« pas de bruit.

Pas de geste brusque.

Respirer tranquillement. »

Alors, enfin, lecteur et lectrice peuvent s’envoler de la salle de classe pour retrouver toute une communauté de rêveurs, des personnages extraordinaires et imaginaires à la manière des protagonistes du Petit prince.

Tous les autres rêveurs, nous montre le jeune garçon, sont présents, bien loin des soucis quotidiens, légers et heureux. Il est si beau de lire que ce n’est pas un problème que de rêver mais bien au contraire une richesse, une originalité et une force d’esprit. Cette faculté qui donne accès à un monde beau et inspirant à la seule condition de fermer un peu les yeux et se faire tout discret.

C’est la beauté de cet album que de glorifier les rêveurs de tous temps : des êtres qui ne sont pas les plus attentifs mais dont l’univers est bien plus large, surprenant et coloré que ce qu’offre la réalité. Le rêveur, en s’envolant ainsi jusqu’au ciel et voguant au-dessus de la Terre et même dans l’espace, est plus proche de l’oiseau que de l’humain, un animal qui symbolise la liberté. Enfin, loin des représentations injustes que l’on se fait souvent de lui, celui qui est dans la lune est aussi aventurier et tenace et, lorsque la maîtresse lui fait changer de place, il nous rassure d’un malicieux « mais je n’ai pas dit mon dernier mot ».

 

Le Pays du fond de la classe, écrit par Didier Levy et illustré par Gilles Barroux, publié aux éditions Frimousse (2017).