Ce jeudi 2 novembre sort en librairie l’album pop-up Jardin bleu aux éditions Gallimard Jeunesse, une invitation de seize pages au monde magique, envoûtant et onirique de la nuit ! À cette occasion nous avons eu le plaisir de rencontrer Elena Selena, son autrice et illustratrice, autour d’un bon thé gourmand, et d’en apprendre plus sur son livre et son métier d’illustratrice.

Vous aussi, suivez sa page et plongez dans son univers !

Jardin bleu est votre premier projet publié. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les coulisses de ce livre, depuis la naissance de cette idée de superbes dessins bleus nuit au charme onirique jusqu’à la signature d’un contrat avec une maison d’édition comme Gallimard Jeunesse ?

Jardin bleu était mon projet de fin d’études mais j’avais depuis longtemps envie de raconter une histoire pour enfants sur la nuit, sur le mystère et le monde imaginaire qu’il y a à l’intérieur de chaque enfant et adulte. J’ai donc cherché une forme qui pourrait correspondre à cette envie de réaliser un projet un peu magique et le livre animé s’est présenté comme étant la meilleure réponse. J’ai ensuite développé cela comme un projet de diplôme que j’ai montré à une éditrice de Gallimard Jeunesse après la fin de mes études. Bien-sûr, il y a eu par la suite beaucoup de travail sur le livre entre l’équipe éditoriale et moi.

 

Combien de temps cela a-t-il pris, depuis le moment où vous avez créé ce livre jusqu’à sa parution ?

Je crois que le projet a mis deux ans à aboutir !

 

Comment se déroule la création d’un livre pop-up du côté de son illustratrice ? Cela doit être bien plus manuel finalement que l’illustration sur ordinateur par exemple…

C’est un processus assez complexe qui se compose de plusieurs étapes. La première étape est la création manuelle composée de découpages et de montages. Il faut alors faire très rapidement des petites maquettes afin de mettre ses idées sur papier, puis des maquettes plus fines. Ensuite vient l’étape des tracés sur ordinateur (car chaque livre animé a son dessin vectoriel qui permet le découpage laser) accompagné du travail de mise en couleurs. Il y a donc tout un côté manuel suivi du stade « ordinateur », sur le logiciel Illustrator.

Selon vous, qu’est-ce que des albums pop-up offrent de plus à l’expérience de lecture ?

Je pense que c’est surtout cette troisième dimension du livre, la profondeur, qui ajoute beaucoup de magie au livre animé, car le dessin sort de la page et occupe l’espace. J’aime donc que l’enfant, comme l’adulte, ait l’impression de participer un peu au livre parce qu’il rentre dedans. On pourrait comparer le livre animé à une sculpture car l’artiste lui donne littéralement forme et parce que l’on peut le regarder attentivement en se penchant dessus sous tous les angles.

La magie réside aussi dans le fait que lorsque le livre animé est fermé on ne voit rien de particulier, l’objet est tout plat, et une fois ouvert tout un monde en volume apparaît.

 

De nationalité lituanienne, vous êtes arrivée en France il y a trois ans et vous avez seulement 24 ans. Vous êtes l’autrice de Jardin bleu, d’un livre de coloriage publié aux éditions du Patrimoine, et travaillez sur de nouveaux projets. Quelles études et expériences avez-vous faites, depuis vos débuts à Vilnius jusqu’à aujourd’hui à Paris ?

J’ai commencé à Vilnius, ma ville natale, des études à l’Académie des Beaux-arts au département des arts graphiques. Mais ayant toujours préféré l’illustration, j’ai fini par me diriger dans cette direction. J’ai ensuite fait un Erasmus à Paris où j’ai étudié à l’école Estienne en section « illustration », et où j’ai justement réalisé mon projet de diplôme de fin d’études : Jardin bleu. Je suis finalement restée dans la capitale une fois mes études terminées. Enfin, l’année dernière, j’ai fait une année plus professionnelle de stages dans des maisons d’édition.

 

À propos de cette double culture, lituanienne et française, quel regard portez-vous sur le marché du livre, notamment celui de la littérature de jeunesse, dans les deux pays ?

J’ai beaucoup de chance d’être ici. Il y a vraiment toute une culture du livre de jeunesse en France ainsi que de nombreuses possibilités de création, grâce à un marché du livre riche et développé, et un véritable goût du livre par le public. De plus, les éditeurs de livres de jeunesse ont envie de pousser la créativité encore plus loin, de trouver des projets novateurs. Pour une illustratrice, c’est une opportunité de développer ses idées et réaliser ses projets même un peu fous. En Lituanie il y a de très bons illustrateurs dont j’aime beaucoup le travail, mais la difficulté est la taille du marché peut-être un peu trop restreinte pour se réaliser pleinement.

Vous êtes illustratrice mais avez également travaillé, et travaillez toujours en free-lance, pour des maisons d’édition de jeunesse particulièrement créatives (Les grandes personnes et Hélium en stages puis Gallimard Jeunesse). Observer de près l’acheminement du projet de livre jusqu’à son impression a dû être instructif pour l’illustratrice que vous êtes…

Oui, cette année a été pour moi très importante car j’ai pu multiplier les stages et voir de l’intérieur comment se passait la naissance du livre et son parcours long et complexe, autant du côté du travail avec le fabricant que celui avec l’éditeur, qui est d’ailleurs presque aussi important que celui de l’illustrateur et de l’auteur. J’ai également pu rencontrer d’autres illustrateurs et créateurs de livres de jeunesse, animés ou non, ce qui m’a beaucoup inspirée.

 

Il vous arrive aussi d’animer des workshops (ateliers) de création de livres pop-up. J’imagine que cela doit être stimulant de transmettre un art comme celui-ci ?

En effet, car c’est un échange intéressant et je vois moins cette occasion comme le moment d’enseigner quelque chose qu’un moment qui encourage les participants à développer leurs idées. Parfois j’apprends de ce que je vois, des projets très créatifs qu’ils font. Par exemple, les enfants s’approprient le papier de façon différente des adultes et c’est intéressant, j’en ressors très inspirée.

Un atelier est le moment où l’on peut se rencontrer : on peut y communiquer d’autant plus avec les lecteurs et leur apporter quelque chose de personnel, une invitation à créer par eux-mêmes.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se consacrer à l’illustration ?

Je leur dirais d’avoir du courage et de chercher leur propre style. De ne pas avoir peur et ne pas trop s’adapter à la mode.

 

Quels sont les quelques illustrateur·trice·s dont le travail vous inspire particulièrement ?

J’admire vraiment beaucoup le travail des créateurs de livres animés en France, et il y en a beaucoup. Par ailleurs, j’ai découvert récemment le travail d’un illustrateur chinois qui s’appelle Oamul Lu. J’adore ce qu’il fait car c’est très créatif, drôle et qu’il entretient un rapport fort avec le monde de l’enfant. Chacun de ses dessins est une histoire très poétique.

 

Nous sommes très curieuses et curieux de connaître tes projets en cours …

Je continue de travailler sur les pop-up et essaie de pousser encore plus loin ce travail initié avec mon premier livre. Je travaille également en parallèle avec les éditions du Patrimoine pour continuer dans la direction du premier livre de coloriages.

 

Jardin bleu d’Elena Selena, Éditions Gallimard jeunesse, 2017.

Prix : 25 €

Format : 21 x 19,7 cm

Pages : 16 pages + 1 page hors texte

Un grand merci à Elena Selena pour le temps qu’elle nous a accordé ! Son Jardin bleu est un vrai régal visuel pour l’imagination et nous avons bien hâte de découvrir ses nouvelles publications…