Hubert, l’incroyable performance de Ben Gijsemans qui nous happe dans une bande-dessinée sans texte ou à peine. Un savant mélange de mélancolie et de douceur dans un personnage des plus attachants.

 

La sérénité avant tout

Cette semaine j’avais envie de calme. Lire est une activité calme me direz-vous. Certes mais ça n’est pas toujours de tout repos. L’excitation, la peur, la tristesse, la joie, la colère, toutes ces émotions que nous ressentons à la lecture et dont je n’avais pas envie. Comme anesthésiée par le travail de la semaine et l’agitation de la ville, j’avais envie de repos.

 Hubert, même le titre est reposant. Simple, court, voilà qui paraissait prometteur. Je n’ai pas été déçue. Hubert a la cinquantaine, est peintre, vit à Bruxelles seul et passe ses journées au Musée royal des Beaux Arts. Un musée ! Lieu par excellence où y règne le calme (après les bibliothèques, bien sur). Cette quiétude, cette sérénité est palpable à travers les dessins de Ben Gijsemans et se mélange à la mélancolie du personnage.

Hubert, se balade dans les allées du musée, regarde les tableaux et s’attarde plus précisément sur un détail. Une partie du tableau où une femme qui sème des grains. Il l’a d’ailleurs prise en photo et cherche à la reproduire chez lui sur ses propres toiles. Il semble chercher quelque chose, l’inspiration, l’envie, même lui ne semble pas savoir. Les yeux bas, il erre. Jusqu’à ce qu’il trouve enfin. Je ne vous dis pas quoi et vous laisse le découvrir. L’interprétation est libre. Mais une chose est sûre, comme Hubert, on referme le livre avec le sourire.

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Double hommage à l’art

Cela peut paraître être une lecture ennuyeuse et monotone. Et bien pas du tout ! Si le rythme de la narration est lent l’auteur nous captive par ses dessins et le découpage des cases. Chaque mouvement est détaillé. Par exemple, si Hubert mange une soupe, les 4 cases seront identiques, à l’exception de son bras, tantôt levé, tantôt baissé. Ce n’est pas comme ça tout du long, seules certaines scènes ont le droit à ce traitement de faveur de la part du dessinateur qui nous immisce dans l’intimité de cet attachant personnage. D’autres cases sont la représentation de ce qu’il voit directement à travers ses yeux. Nous devenons ainsi, Hubert.

Une belle démonstration de l’importance du scénario et du découpage des cases.

Par ailleurs, certaines œuvres du musée sont reproduites par Ben Gijsemans avec brio, sans prétention et sans les dénaturer. Il les place au cœur de l’histoire, en fait des personnages importants.

Un vrai tour de force et un bel hommage à l’art.

 

Hubert, Ben Gilsemans, Dargaud Benelux

19,99 €

Dès 14 ans