On connait tous plus ou moins l’histoire de Pocahontas, fille d’un chef Powhatan au collier de pierres bleues, avec un raton laveur pour compagnon, qui tombe amoureuse d’un bel anglais aux cheveux blonds. Du moins, c’est la version que nous donnent les studios Disney.

Dans la bande-dessinée de Loïc Locatelli-Kournwsky, La Princesse du Nouveau Monde, la jeune fille a bien d’autres préoccupations que de « peindre en couleur l’air du vent » avec John Smith.

Nous sommes en 1607 en Virginie. Alors que Pocahontas devient une femme, trois navires britanniques débarquent sur les côtes et s’installent dans la petite ville fortifiée de Jamestown. La bande-dessinée se compose de trois parties nommées par les trois prénoms que portera notre héroïne et découpant ainsi les différentes périodes de sa vie.

Dans la tribu des Powhatans

Matoaka, son prénom de naissance. C’est dans cette partie qu’elle rencontre le très célèbre Lord anglais lors d’un accident de chasse. Suite à une mésentente et une incompréhension de langage, ce dernier manque de se faire exécuter par les membres de la tribu Powhatan. En s’interposant et en lui sauvant la vie, Matoaka devient garante de ses agissements. Ils deviennent alors amis et passe beaucoup de temps ensemble, Matoaka étant avide de connaître cette nouvelle culture qui lui est étrangère. Elle y apprendra l’anglais. 

Le conflit

Pocahontas est le sobriquet qui lui ai donné et qui signifie dévergondée en algonquin ; sa relation avec John Smith est mal perçue par les Powhatan.

Malgré cette sincère et profonde amitié, ils n’arrivent pas à faire cohabiter leurs deux camps (les Powhatan et les colons anglais) et un conflit éclate. La jeune princesse amérindienne ayant prévenu son ami de l’attaque de sa tribu, se retrouve exclue de celle-ci. Alors qu’elle cherche à rejoindre John Smith blessé au combat, elle se fait capturer par deux déserteurs cherchant un bien d’échange contre des prisonniers anglais fait par les Powhatan. Lorsqu’ils débarquent avec leur prisonnière à Henricus, une autre colonie anglaise, Pocahontas est sauvée in extremis d’une mort certaine par John Rolfe. Ne souhaitant pas retourner dans sa région d’enfance, elle est recueillie par des femmes d’Église et apprend l’art du dessin de l’écriture et de la lecture, de la danse et reçoit l’absolution.

Pocahontas_extrait

Une nouvelle vie

Elle prend alors le prénom de Rebecca. Dans cette dernière partie notre héroïne devient Lady Rolfe, la femme de John, son sauveur avec qui elle a entretenue une relation durant son séjour à l’Eglise. Ensemble, ils débarquent à Plymouth en route pour Londres afin d’y rencontrer le Roi Jacques Premier d’Angleterre. Son entrée à la cours est remarquée et fait sensation. Ses manières et son sens de la répartie termineront de convaincre les Lord et les Milady. Mais l’air de Londres ne lui sied guère et elle tombe malade. Le couple se retire alors dans la maison de l’oncle de John à la campagne où l’air y est plus pur. Ils y recevront la visite de John Smith. Atteinte d’une mauvaise toux qui ne semble pas vouloir guérir, Rebecca ainsi que son mari prennent la décision de retourner en Virginie, sur les terres natales de notre héroïne.

Mon avis

J’ai eu un grand plaisir à retrouver une des héroïnes de mon enfance. Bercée par la version de Disney, j’ai été plus que ravie d’en connaître un peu plus sur l’histoire de Pocahontas.

Je m’attendais à des illustrations pleines de couleurs comme le promet la couverture. J’ai été surprise par l’unique utilisation des tons sépia. Le style est à double tranchant, soit on aime, soit on n’aime pas. Pour ma part, j’ai été plus qu’embarqué dans les péripéties de la jeune femme. Les illustrations reflètent parfaitement la vivacité et l’ingéniosité de notre héroïne.

C’est une histoire sur l’identité sans retour, sur qui nous choisissons d’être et de quelle manière nous souhaitons vivre notre vie. Pocahontas, ne trouvera jamais vraiment sa place parmi sa tribu d’origine et celle d’adoption. Cela nous montre qu’il n’y a pas de modèle prédéfini. Chacun est ce qu’il est avec ses valeurs et ses convictions. À nous de trouver les personnes qui nous accepteront tels que nous sommes. Devons-nous suivre le chemin qui nous a été tracé ou bien écouter son cœur chanter « comme un cri au fond de soi » ?

Le texte va à l’essentiel, les situations sont claires. Nous avons même le plaisir d’avoir quelques mots de vocabulaire en algonquin. Les illustrations sont fortes et appropriées.

Seul bémol, j’aurais aimé en savoir davantage sur son rôle dans les relations entre la couronne d’Angleterre et les amérindiens qui ne sont pas évoquées, à peine survolées.

Les films d’animations de Walt Disney sont pour la grande majorité tirés de contes et de légendes. Les histoires sont remaniées et réinterprétées. En tant que grande fan, j’aime découvrir d’où elles viennent et ce qui s’y cache derrière. Je recommande vivement cette bande-dessinée afin de découvrir la véritable histoire (du moins ce qui s’y rapproche le plus) de Matoaka/Pocahontas/Rebecca.

Pocahontas, La Princesse du Nouveau Monde, Loïc Locatelli-Kournwsky, éditions Sarbacane, octobre 2015.

Prix : 19,5 euros

Pages : 128

Dès 13 ans