Quel est donc ce curieux livre qui intrigue par son format tout en longueur (40,6 x 17,5) ? Les éditions des éléphants ont remporté le Prix des Sorcières 2016 dans la catégorie Documentaires, avec cet ouvrage écrit par Pascale Hédelin et Gaëlle Duhazé, Cité Babel, le grand livre des religions. Le titre désormais révélé, vous comprenez déjà mieux les raisons de ces dimensions relativement gigantesques. Qu’avait donc de plus cet ouvrage pour remporter le prix 2016, si ce n’est un format peu commun ?

cite_babel_hedelin_duhazeBabel pas banale

Il est plutôt rare que l’islam, le judaïsme et le catholicisme se rencontrent au sein d’un même livre pour enfant, le tout sur une seule page ou presque, puisque celle-ci est divisée en quatre. À travers trois religions représentées par trois familles à chaque étage d’un même immeuble, qu’y voit-on ? Les temps forts des différentes religions : Noël, le shabbat, Pessah, le Ramadan, la fête des Cabanes, la Toussaint… et d’autres événements pas nécessairement religieux, tel que le carnaval, cet événement qui égaye la journée des enfants.

En effet, dans cette cité Babel, il y a une place pour tout le monde. Au rez-de-chaussée, dans l’épicerie de Félix, se croisent pêle-mêle croyants et athées, qui ont aussi leur place dans cet ouvrage. L’alimentation s’avère être le carrefour des croyants et non-croyants : on y fait connaissance de Manik et Naidini, ce couple hindouiste qui ne cuisine ni viande, ni poisson, ni œufs ; la jeune Safia, qui mange de la viande Halal, ou bien cette petite fille juive qui souhaite acheter des produits casher ; Bao et An Bihn, clients bouddhistes qui plusieurs fois par mois suivent un régime végétarien, et bien sûr Monsieur Félix lui-même qui, s’il n’est pas croyant, est tout simplement superstitieux. Catastrophé par ce chat noir passé sous une échelle et qui désorganise tout son magasin, l’épicier n’est pas tranquille.

À nous, lecteurs 

Dans ce livre, le lecteur est maitre de la lecture. Déstabilisant au début par une segmentation de la page en quatre parties, Cité Babel nous laisse une liberté plaisante. Et elle change de nos habitudes ! Pour ma part j’ai choisi de tourner de découvrir une page de chaque religion simultanément. Du même coup, le livre laisse le choix au lecteur de se renseigner librement, d’y revenir, de construire son opinion, d’effectuer son propre parcours des religions. Un petit plus pour la dernière page de l’ouvrage qui précise :

« Chacun doit être libre de pratiquer sa religion selon ses propres convictions… mais aussi de ne pas croire en Dieu. Au cours de l’histoire, et de nos jours encore, bien des hommes ont bafoué la liberté, commis des violences, déclenché des guerres au nom de Dieu. C’est tout le contraire du message des religions : elles prônent la tolérance, l’amour et le respect des autres ». Pas si inutile de le préciser…

Belle Babel

Ce livre a beau traiter d’un sujet sérieux, il n’en est  pas moins emprunt de fantaisie pour autant. Les illustrations, qui présentent des scènes quotidiennes, des personnages joyeux et plein d’entrain y contribuent largement. Presque tous dotés d’un prénom, ils permettent de concrétiser chaque religion. Le texte en lui même est plaisant car il laisse la place à ceux qui ne sont pas concernés par la religion ; et si celle-ci est synonyme de rites traditionnels, l’ouvrage n’en présente pas une image figée.

Seul hic : la typographie, qui m’a surprise en premier lieu. Aussi séduisants que soient son format, son sujet et ses couleurs, j’ai été déçue par le choix d’une police peu attrayante, qui rend la lecture moins agréable car le texte n’est pas aéré. Or pour un ouvrage qui multiplie les possibilités de chemin de lectures, c’est dommage. Heureusement, les petites pauses sans texte qui ponctuent le récit à plusieurs reprises nous permettent d’apprécier les images, de ralentir le rythme et de découvrir cette belle cité Babel qui reste un ouvrage idéal pour aborder le sujet de la religion.

 

Cité Babel, de Pascale Hédelin et Gaëlle Duhazé, éditions des éléphants, avril 2016.

Prix : 16,50 €