Le couloir de la mort n’est pas un lieu convenable pour les adolescents. C’est pourtant là que nous entraîne Sarah Crossan avec Moonrise, son dernier roman paru chez Bloomsbury en 2017. Une récidive réussie pour la lauréate de la prestigieuse Carnegie Medal en 2016.

Une famille brisée…

Joe est un adolescent comme les autres. Peut-être un peu paumé, certes, mais qui ne le serait pas avec une mère alcoolique et un père absent ? Joe fait du mieux qu’il peut pour tenir le coup. Là où ça devient vraiment difficile, c’est quand il reçoit une lettre de son frère, Ed, dont il était sans nouvelle depuis dix ans. Et pour cause : Ed est enfermé dans le couloir de la mort, en attente de son exécution. Condamné pour le meurtre d’un policier au Texas.
À l’approche de la date fatidique, Joe ressent le besoin de répondre à l’appel de celui qui est devenu pour lui un inconnu. Il est temps de régler ses comptes, avec Ed et avec lui-même.

… en quête de reconstruction

Joe lui-même n’est pas certain de ce qui l’anime au départ : culpabilité ? rancœur ? quête de vérité ? Qu’est-ce qui peut pousser un jeune homme fauché à dépenser ses dernières économies pour se rendre à l’autre bout du pays et passer ses après-midis en prison ?
Peut-être simplement le sens de la famille. C’est ce que l’on découvre au fil des pages, en nous laissant entraîner par la poésie hypnotique de Sarah Crossan. Oui, Moonrise est un roman en vers ! Et ça lui va bien. Pas de transitions inutiles, pas de descriptions superflues : les mises en scène sous forme de courts poèmes s’enchaînent efficacement. On a l’impression de voir défiler des morceaux de vie percutants : un coup de téléphone, une rencontre, une prise de conscience. Des instants capturés sur le vif où l’émotion est toujours à fleur de peau.

Réquisitoire contre la peine de mort

L’usage du présent et de la première personne permet au lecteur de se mettre dans la peau du personnage, comme s’il se posait lui-même toutes ces questions. Joe est quelqu’un de bien à qui il arrive une chose affreuse, et il n’est pas difficile d’imaginer la façon dont cela détruit sa vie. Que ferions-nous à sa place ? C’est une interrogation fondamentale à laquelle, personnellement, je n’avais jamais réfléchi. Il est tellement plus naturel de s’identifier à la victime ! Moonrise a le mérite de nous rappeler que la famille du criminel est elle aussi une victime innocente, et que la mort ne résout rien.

Sarah Crossan, Moonrise, Bloomsbury, 2017