Dans une Amérique en crise, la famille Cobbins lutte pour sa survie. Le père, Jim, a perdu son travail à l’usine locale, remplacée par un centre commercial. Ouvrier de pure souche, il se trouve complètement désemparé par sa nouvelle situation. La mère, Mary, est morte il y a quelques mois à la suite de maux de tête trop intenses.

Au milieu de la désillusion totale où se trouve cette famille, la petite soeur, prénommée Hope (soit espoir en français), donne à Billy, son frère, une raison de vivre. Délicate et fragile, tout chez Hope donne l’envie de la protéger : sa peau extrêmement fine et pâle, ses sourires naïfs et constants, sa compassion et son amitié. Seulement, depuis la mort de sa mère, Hope s’est mise en tête que celle-ci n’était pas réellement morte et qu’elle venait lui rendre visite de manière régulière. La première apparition du « sourire de maman » se fait à force de regarder un néon au-dessus du rayon jouet du centre commercial.

« J’en étais absolument certaine : c’était le sourire de maman. Son sourire tel que je m’en souvenais, tel que je l’avais aimé tous les jours de ma vie, semblable à aucun autre. Un sourire que le peintre le plus doué du monde ne saurait reproduire. »

Petit à petit, Billy se rend compte qu’il corrompt sans le vouloir l’esprit de sa petite soeur en essayant de rendre sa peine plus supportable et qu’il la mène tout doucement à la folie. Pendant que Billy cherche à tout prix des solutions, Jim, lui, s’absente très souvent du domicile familial.

« Peu à peu, sans crier gare, papa semblait se retirer du jeu, de notre famille ; mais pourquoi ? »

Dans ce récit qui prend place sur quelques semaines seulement, on ne sait jamais vraiment qui sont les méchants et qui sont les gentils (d’où le titre du livre). Tous les personnages sont équivoques dans leur manière de faire le bien et le mal. Le récit final du père aide à prononcer un verdict.

Un autre élément de mystère : la mort de leur mère. Avec les hallucinations de Hope, le lecteur n’est jamais certain de sa disparition.

Un petit plus : à la fin du roman, on retrouve Les chansons qui m’ont accompagné pendant l’écriture de ce roman, une belle playlist à écouter pendant sa lecture.

Un autre petit plus : ce drame familial se joue sur un fond de lutte ouvrière des années 30 aux États-Unis. 

« Puisque ici tout s’achetait, la chaleur, la sensation de satiété, et même notre statut. Puisque ici on nous avait menti depuis le début en nous donnant l’illusion que chacun d’entre nous était unique et que notre bonheur dépendait seulement de ce que nous achetions. Puisque ici on avait abusé de l’innocence d’une petite fille en lui faisant croire que chaque rêve deviendrait réalité. Puisque ici rien ne se réaliserait jamais. »

L’auteur nous donne un aperçu de la mentalité du milieu ouvrier et donc de la plupart des américains pendant cette période de l’histoire. Ces deux intrigues se mêlent bien ensemble et se nourrissent l’une de l’autre.

Qui est le chasseur ? Qui est le chevreuil ? de Jean-Noël Sciarini est paru aux éditions l’École des loisirs en 2014.

Ariane