Le 10 mai dernier marquait la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage en France. Je vais donc saisir l’occasion de revenir sur le roman biographique de Sophie Chérer qui retrace la vie d’Edmond Albius dont l’histoire est fortement liée à l’esclavage et son abolition.

Edmond est né noir et esclave sur l’île de la Réunion, alors appelée, île Bourbon. Orphelin, il est recueilli et élevé par son maître, Ferréol Bellier Beaumont, propriétaire d’une plantation sur l’île et passionné de botanique à ses heures perdues. Partageant l’amour des plantes de son maître, il va, à 12 ans, faire une découverte qui permettra la prospérité de l’île : la fécondation artificielle de la vanille.

 

Pour l’amour de la vanille

« Ce sont des grains de vanille, une épice qui vient d’une île lointaine, l’île de la Réunion. Peut-être entendrez-vous les grandes personnes raconter que c’est un fameux botaniste français, M. Richard, qui a découvert comment féconder cette fleur de la famille des orchidées, et faire murir ses fruits de façon à obtenir les gousses odorantes dont on extrait ces graines. »

À travers ce roman, Sophie Chérer a voulu redonner toute sa place au véritable découvreur. Dans un langage très poétique, qui éveille tous les sens,  elle retrace le récit des évènements.
Malgré des conditions climatiques idéales, le plant de vanille n’a jamais donné de fruit ailleurs que dans son milieu d’origine. De nombreuses tentatives infructueuses ont été réalisées. Mais c’est un enfant de 12 ans, qui plus est esclave, qui va en faire la découverte. Edmond ne cherche ni la gloire, ni l’argent dans ses travaux. C’est simplement l’amour des plantes, mais aussi un évènement dont il a été témoin,  qui guide ses gestes.

« Il refit avec un soin jaloux, dans le plaisir inattendu d’expérimenter et l’espérance d’aider son maître, les gestes qui, la première fois, n’étaient que catharsis absurde. Il refit pour travailler, mû par une inspiration inouïe, les opérations brouillonnes qu’il avait faites naguère pour se soulager d’un poids. »

 

Être noir au XIXe siècle

Plus qu’une dimension scientifique, le roman revêt aussi une dimension historique, puisqu’il s’étend sur la période de l’abolition de l’esclavage. L’auteur dépeint les conditions dans lesquelles cet accès à la liberté s’est fait pour des millions d’hommes.

Ainsi, né esclave, Edmond accèdera à la liberté. Mais il ne sera jamais considéré comme il aurait dû l’être. Son travail lui est volé, il a perdu toute confiance en Ferréol et ne connaîtra jamais la gloire. Simplement à cause de la couleur de sa peau, la même que celle de la vanille.

 

La vraie couleur de la vanille, Sophie Chérer, L’École des Loisirs, 2012.