Lucy Tennant.

Clod Ferrayor.

Deux mondes, deux récits qui s’entremêlent.

Au Château des Ferrailleurs, Clod se sent comme la pièce rapportée de la famille, bien qu’il soit un Ferrayor de pur sang. Son habilité à entendre les objets parler, et tout particulièrement énoncer leur nom complet, fait de lui la bête bizarre que tout le monde pointe du doigt, à l’exception de Tummis, son cousin favori. Tout cela, en fin de compte, n’a rien de surprenant : la famille Ferrayor a toujours accordé une place immense aux objets. Sa fortune s’est construite sur les décharges de Londres et tous les trésors cachés sous la crasse qu’elles contenaient.

 « Le répugnant et le malodorant, le brisé, le fêlé, le rouillé, l’usé, l’endommagé, le puant, le laid, le toxique et l’inutile, nous les aimions tous, avec quel amour nous les aimions ! Il n’est pas de plus grand amour que celui des Ferrayor pour les rebuts. Tout ce que nous possédons est grisâtre et terreux, poussiéreux et malodorant. Nous sommes les rois de la pourriture et de la moisissure. »

dit le Grand-Père de Clod.

Depuis ce jour, chaque membre de la famille a ce qu’ils appellent un objet de naissance, qu’ils gardent avec eux tout le temps et dont il faut prendre soin pour ne pas tomber malade.

L’objet de naissance de Clod est une bonde universelle appelée James Henry Hayward. La poignée de porte de sa Tante Rosamud est Alice Higgs, le napperon de cousine Pinalippy s’appelle Gloria Emma Utting, et ainsi de suite. Seul Clod parvient à entendre le leitmotiv des objets, à écouter leur secret, à les aimer vraiment.

Lucy Pennant est une jeune fille du quartier de Filching à Londres. Elle travaille à la grande déchèterie, comme tous ses habitants, jusqu’aux jours où ses parents sont emportés par le Grand Mal qui touche de nombreux ouvriers travaillant parmi les rebuts de la ville. Un grand homme important l’emmène alors au Château des Ferrailleurs pour qu’elle y travaille, car, lui dit-on, sa mère avait un peu de sang Ferrayor.

La rencontre de ces deux êtres si différents, si antithétiques, se fait par hasard, une nuit dans une des nombreuses pièces du Château. Lucy assomme Clod avec une pelle lorsqu’elle croit apercevoir un fantôme. Malgré une première impression déconcertante, les deux jeunes gens parviennent à s’apprécier une fois qu’ils se rendent compte qu’ils ont plein de chose à s’apporter, à s’apprendre mutuellement : sur la vie au Château pour Lucy, et sur la vie à Londres pour Clod.

Sans le savoir, l’équipe que forment ces deux personnages leur sauvera la vie à tous les deux, le soir de la tempête qui va dévaster le Château …. et délivrer les objets de leur assujettissement.

Sont-ils vraiment maîtres de leur objet de naissance ? Après tout, se pourrait-il que ces objets ne soient pas de simples objets ? 

Ce livre est illustré par l’auteur lui-même. Les portraits en noir et blanc qui se trouvent à chaque début de chapitre participent pleinement à l’ambiance lugubre du récit. Les yeux enfoncés dans un visage pâle, un air maladif qui donne son désespoir aux traits… Les personnages prennent forme et vous fixent d’un regard inquiétant, triste ou encore stupide. 

Le suspense grandissant nous engloutit jusqu’aux dernières pages. Qu’en est-il de la suite ? Lucy et Clod s’en sortent-ils ? Parviennent-ils à s’échapper ensemble ?

Il faudra attendre le deuxième tome !

Un style jeune et énergique nous plonge dans un monde singulier qui est celui de Edward Carey. Une imagination vive est déployée et capte entièrement le lecteur qui se trouve absorbé par l’histoire, par le cadre fantastique et par les deux valeureux jeunes héros.

Heap House, le premier tome de la trilogy “The Iremonger” écrit et illustré par Edward Carey est publié chez The Overlook Press en 2014. Sa traduction française Le Château est sortie en mars 2015 chez Grasset.

Ariane