1933. Anna et son frère Max vivent à Berlin avec leurs parents. Un matin, ils découvrent que leur père, écrivain connu dans toute l’Allemagne, est parti pour Prague à la suite d’un appel anonyme provenant d’un membre de la police. C’était un avertissement : si Hitler gagne les élections, la police aura pour devoir d’arrêter les juifs. Pour Anna, être juive ne lui évoque pas grand chose car ils ne sont pas une famille pratiquante. Elle ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Hitler en aurait après eux.

Lorsque la victoire d’Hitler s’avère inévitable, Anna, Max et leur mère prévoient leur voyage pour rejoindre leur père à Zurich. Le trajet en train est très délicat et la famille s’en sort de justesse.

Commencent alors pour Anna et Max les premières années de leur vie en tant que réfugiés. Ils débutent l’école dans un village suisse et tout semble étranger et aliénant. Comme leur père est une figure célèbre, les nazis offrent un prix à quiconque le ramènera en Allemagne. Anna passe une nuit affreuse où elle imagine son père enseveli sous une pile de pièces de monnaie. La conscience du danger, du loup qui rôde, s’empare petit à petit de son esprit.

Lorsque la famille décide de déménager à Paris pour s’éloigner davantage du Reich, un bagagiste essaye de les duper en déposant leurs bagages dans un train en direction de l’Allemagne. Anna comprend que certaines personnes leur veulent du mal, simplement parce qu’ils sont juifs.

La famille s’installe à Paris, dans un minuscule appartement. Anna et Max peinent à apprendre le français au début et il semble même à Anna que cela n’arrivera jamais. (Pour avoir vécu l’expérience, la description du désespoir qu’Anna ressent face à cette langue tout à fait nouvelle et incompréhensible est fidèle à la réalité !). A force de travail et d’acharnement, (Max fournit même ses premiers efforts scolaires !) ils réussissent tous deux à obtenir de très bonnes notes et même un prix d’excellence. Lorsqu’ils sont enfin capable de maîtriser cette nouvelle langue, leurs parents annoncent qu’ils déménagent tous à Londres ! L’aventure continue.  

Un roman écrit à la troisième personne mais du point de vue d’une petite fille pas encore assez mature pour comprendre les événements qui se déroulent en 1933. On sent tout de même la terreur qui émane de la simple évocation des Nazis. On voit aussi le mépris et la haine dont sont victimes les juifs à cette époque. Une famille allemande de passage en Suisse interdit à ses enfants de jouer avec Anna et Max, malgré leur envie commune de s’amuser ensemble. L’absurdité de cette haine est soulignée par l’entente des enfants entre eux, montrant bien qu’ils sont pareils et que seuls les adultes essayent de prouver le contraire. Elle nous extrait néanmoins du sérieux de la situation grâce à des anecdotes comiques de son enfance cosmopolite.

Le lecteur découvre le Paris pauvre des années 40 à travers ses yeux. La famille d’Anna traverse des périodes difficiles mais toujours, ils restent ensemble, ce qui n’est pas donné à tous. On rencontre aussi des figures généreuses et amicales, comme Madame et Monsieur Fernand, qui prennent sous leurs ailes cette famille démunie de réfugiés.

En fin de compte, Anna n’est pas mécontente de cette « enfance difficile », car c’est la condition requise, lui a-t-on dit, pour devenir célèbre.

C’est en effet ce que fera l’auteur, Judith Kerr, une fois devenue adulte. Ce livre est inspiré de son enfance.

J’ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. Il instruit comme il distrait. Je trouve que c’est un très bon outil pour sensibiliser des jeunes lecteurs à l’histoire des réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et leur donner un aperçu de ce que cela a pu être.

De 8 à 12 ans. 

When Hitler Stole Pink Rabbit de Judith Kerr est publié chez William Collins Sons & Co en 1971. Quand Hitler s’empara du lapin rose parait en 1987 à L’École des loisirs.

Ariane