JONAS

DÉPOSITAIRE DE LA MÉMOIRE

1. Rends-toi immédiatement, chaque jour après l’école, à l’entrée de l’Annexe qui se trouve derrière la Maison des anciens et présente-toi à la préposée.

2. Retourne immédiatement chez toi tous les jours à la fin de tes heures de formation.

3. Dorénavant, tu es exempté des règles concernant la politesse. Tu peux poser n’importe quelle question à n’importe quel citoyen et tu recevras une réponse.

4. Ne parle de ta formation à aucun autre membre de la communauté, y compris tes parents et les sages.

5. Dorénavant, il t’est défendu de raconter tes rêves.

6. Sauf en cas de maladie ou de blessure sans rapport avec la formation, ne demande aucun médicament.

7. Tu n’as pas le droit de demander à être élargi.

8. Tu peux mentir.

Voici ce que reçoit Jonas à la suite de sa douzième cérémonie. Certains enfants ont des pages et des pages d’explication pour le métier auquel ils ont été assignés. Jonas, lui, n’a que cette page de règles tout à fait nouvelles et déstabilisantes. Malheureusement il ne peut en faire part à personne.

Dystopie camouflée

Sa vie dans la communauté a toujours été harmonieuse et ordonnée. A un an, il a été distribué à son foyer. A 9 ans, il a reçu sa première bicyclette. Comme tout le monde.

Seulement, lorsque les Sages sautent son tour lors de la douzième cérémonie, Jonas commence à comprendre que les choses vont changer pour lui. Le jeune garçon est sélectionné pour être le prochain Dépositaire de la Mémoire de la communauté : celui qui recevra les souvenirs de « tout ce qui va au-delà – tout ce qui est Ailleurs – et tout ce qui remonte avant, bien avant », pour le meilleur et pour le pire.

A partir de sa rencontre avec le Passeur, celui en charge de lui transmettre la mémoire collective, Jonas prend conscience que ces souvenirs confisqués aux citoyens le sont injustement. L’ensemble de la population, à l’exception des Sages, ignore complètement l’existence de ces souvenirs d’un passé plus large que celui de la communauté et est donc privé de faire le choix d’en être dépossédé. Car le Dépositaire de Mémoire doit souffrir de certains aspects du passé tels que la guerre et la famine, mais Jonas découvre aussi à travers eux l’amour et la joie la plus complète.

La communauté change petit à petit aux yeux de Jonas, jusqu’à ce qu’il n’y voit plus qu’une structure absurde et laide de laquelle il veut fuir.

Le style limpide et concis de Lois Lowry fait écho à la simplicité qui règne dans la communauté. J’ai beaucoup aimé la manière dont tous les détails de l’existence des citoyens étaient révélés peu à peu, montrant une société de plus en plus tarée qui crée un sentiment de malaise chez le lecteur.

Lois Lowry nous offre, par le biais de la fiction, un exemple d’oppression que la jeunesse peut comprendre et sur laquelle elle peut s’interroger.

The Giver, de Lois Lowry, édité chez Houghton Mifflin en 1993, a remporté le Newbery Medal en 1994. Il a été traduit en français en 1994 sous le titre Le Passeur et édité chez L’École des loisirs dans la collection « Medium ». Lois Lowry a ensuite écrit L’élue (2001), Messager (2005) et Le Fils (2014), trois romans qui se déroulent dans le même espace-temps et qui se croisent par moment.
Une adaptation cinématographique est aussi sortie en 2014.
Ariane