« Africaland », c’est d’abord le nom du parc d’attraction imaginé par Philippe Arnaud dans son roman Jungle Park, publié aux éditions Sarbacane. Présent sur la liste des « Pépitables » du Salon de Montreuil, ce livre a laissé échapper la couronne de justesse mais mérite néanmoins toute notre attention.

Car « Africaland », c’est aussi le continent africain dans toute sa splendeur, que l’on découvre à travers les yeux du héros.

Une dystopie pas si lointaine

Le premier point positif du roman, c’est de nous projeter en 2050, un futur proche que beaucoup d’entre nous connaîtront réellement. Il est facile de s’imaginer ce monde pas très différent du nôtre, dont les caractéristiques sont déjà ancrées dans notre quotidien : pollution, surmédiatisation, racisme, inégalités de revenus… Et un divertissement de plus en plus extrême, qui assouvit notre besoin de violence sans entacher notre bonne conscience. Du pain et des jeux.

La chute d’un homme

Tout commence avec la descente aux enfers de l’un des hommes les plus puissants du pays, devenu soudain l’ennemi public n°1. Il n’est pourtant coupable de rien et ne comprend pas ce qui lui arrive. Le voilà parachuté en Afrique, sort que l’on réserve aux pires criminels. Là-bas, sur ce continent que les États-Unis se sont approprié pour y envoyer leurs déchets toxiques, les condamnés à mort sont tués par les radiations ou transformés en monstres. Personne ne survit. Pourtant, Tony Belluin est recueilli par les membres d’un réseau clandestin et apprend peu à peu à connaître ce monde.

Une leçon de tolérance

Sans être excessivement moralisateur, le message est clair : les hommes « civilisés » ne sont pas ceux que l’on croit. Et chacun a beaucoup à apprendre de l’autre. La poésie de l’écriture rend ce message magnifiquement émouvant, à travers la tranquillité de la savane africaine et la sagesse d’une culture millénaire :

« Tout cela a-t-il un sens ? Quel dieu cruel et fou les a précipités dans cette guerre ? (…) Le silence, en cet instant, est la seule réponse qui échappe à l’absurde. »

Ce livre est également un plaidoyer sincère pour l’écologie et la sauvegarde de notre planète, sans oublier un roman d’aventures au suspense bien construit. C’est avant tout l’histoire d’une jeune fille prête à tout pour retrouver son père et protéger sa liberté.

Conclusion

On regrette certes quelques raccourcis faciles, hélas récurrents dans la littérature jeunesse (la non implication des adultes dans l’aventure des adolescents, le retournement de dernière minute pour sauver la situation, le discours final du grand méchant). Mais cela n’empêche pas de savourer chaque chapitre, avec son changement de point de vue et son calendrier qui défile pour ne pas perdre le rythme.

À défaut d’une pépite, c’est indéniablement une perle que nous propose cette nouvelle édition du Salon de Montreuil, où l’auteur sera en dédicace vendredi et samedi.

Philippe Arnaud, Jungle Park, éditions Sarbacane, mai 2016