Non, Ariane et Bouh au pays des sorciers n’est pas un nouveau tome d’Harry Potter version canine. Ici, les sorciers sont ceux de l’Afrique, ceux qui rôdent la nuit, qui fascinent et effraient les deux chiens que sont les protagonistes de ce roman. Parce que Nathalie Tall vient de publier le dernier volet de sa trilogie, nous nous devions de lire le premier tome que nous ne connaissions pas encore… Et à tort !

Arian_Bouh_Nathalie_Tall

Un périple tumultueux

Tout commence dans le Berry (c’est dire si le périple est éclectique !) où vit Ariane, animal canin qui se fait bientôt vieux et qui s’attriste d’avoir perdu ses maîtres l’année précédente. Au-delà de son jardin qu’elle connaît jusqu’à la moindre fleur, l’envie lui prend de s’évader, de partir en Afrique, ce continent d’où son maître était d’origine. Pour cela, elle sera accompagnée de son ami Bouh, un jeune chien qu’elle a récupéré au bord de la route. Les deux compagnons, inséparables durant tout le roman, se mettent en quête : Ariane, par son âge plus avancé, apportera au plus jeune les ressources de son savoir et veillera sur lui ; Bouh, quant à lui, apportera la gaité et la curiosité. Mais tous deux seront aussi novices : ils découvriront les pays, leurs couleurs, leurs odeurs, leurs rites et traditions… Avec le même émerveillement que le lecteur devant cette histoire haute en couleurs. Car si l’histoire commence paisiblement en province française, les personnages et le lecteur ne sont pas au bout de leurs surprises.

« Tout viendra de la position des étoiles dans le ciel. Va de par le monde, à la recherche d’éléments qui t’ouvriront un espace jusqu’ici inconnu des hommes. Long sera le chemin, mais grande sera la récompense. Nous, tes ancêtres, te guiderons dans cette quête mystérieuse, en te faisant connaître le moment venu, l’endroit ainsi que la période propice à la réalisation de cette prophétie. »

De cette phrase, écrite au début du récit, et dite à Ariane par l’esprit de son maître qui réapparaît, naît la tonalité de l’histoire : celle-ci a une mission, et elle sera guidée.  Du Maroc au Togo, en passant par le Mali, le Burkina Faso ou encore le Bénin, les deux compagnons rencontreront des personnages clés dans chaque pays, qui leur montreront quelques spécificités propres à chaque société.


L’Afrique en demies teintes

Si le récit est riche en aventures, les illustrations, elles, sont en demi-teintes et rappellent des croquis qui auraient été réalisés sur le fait. Réalisées par Émilie Dedieu, elles correspondent à ce roman qui tiendrait presque d’un carnet de voyage raconté à la troisième personne. Structuré en une quinzaine de chapitres, l’ouvrage fait état des couleurs de chaque nouveau territoire dans lequel les personnages arrivent, et pour notre plus grand plaisir. Rejoints bientôt par un troisième compagnon, Dori, ils découvrent ainsi la beauté du Sahel :

« Ariane et Bouh stoppèrent pour contempler ce miracle africain de la nature. Tout y était coloré. C’était un vrai tableau vivant. Les femmes lavaient leur linge sur le bord du fleuve, d’autres pilaient le mil, leur bébé botté dans le dos. Des hommes, debout dans des pirogues, faisaient avancer doucement leurs embarcations, au rythme de mélopées africaines lancinantes. »

Les beaux paysages de l’Afrique y sont certes. Mais d’autres, plus neutres, y sont aussi, au pays Gourmantché par exemple : « le paysage un peu monotone au départ, se diversifia à nouveau. Tout autour deux, ce n’était que des baobabs, acacias et arbres de karité. De petites cases, entourées de murs de banco pour les unes, de palissades de feuilles tressées pour les autres, parsemaient cette vaste étendue ». Une idée précise du paysage est ainsi permise par de nombreuses descriptions, propres au récit de voyage. Enfin, l’excursion a beau être époustouflante, elle l’est également parfois pour ses côtés plus sombres : la pauvreté du pays qui surprend nos héros qui n’y sont pas habitués, le trafic d’animaux qui les effraie…

Voyages, voyages

Et tout comme Ariane, Bouh et Dori, on passe par tout le panel d’émotions qu’un voyage implique : de la surprise devant les paysages, de la peur chez les sorciers, de la curiosité (souvent celle du jeune Bouh qui « emplit ses yeux et apprend »). On en oublie parfois que nos héros sont des animaux. Le récit prouve qu’il y a beaucoup à apprendre et que des leçons sont à tirer des épreuves que l’on traverse. Ainsi, au Burkina Faso, le personnage du Mogho nous enseigne la maxime suivante : « La raison d’état doit prévaloir sur tout le reste. L’intérêt général doit passer avant l’intérêt personnel », laissant les deux compagnons cogiter.

Et si les voyages forment la jeunesse, ils enrichissent a fortiori le lecteur qui se laisse tanguer de page en page. Car l’auteure ne recule pas devant les complexités des références nouvelles impliquées par un si long périple et entend bien par cette trilogie, y intégrer une dimension initiatique, pédagogique, du voyage littéraire. Elle en explique les différentes notions grâce à un lexique riche qui se trouve en fin d’ouvrage. Les personnages apprennent par exemple ce qu’était la traite des Noirs. Et toujours, ils gardent leur légèreté et leur humour constant qui contribuent à la dynamique de l’histoire. Mêlés au merveilleux des rites et esprits dont l’Afrique est imprégnée, on découvre avec autant de curiosité ce roman que les deux animaux dans ce livre.

Mon seul regret : que le voyage ne soit pas plus long. Je ne vois donc qu’une solution, poursuivre ma lecture en lisant les deux prochains tomes que j’ai hâte de découvrir.

Née à Ouagadougou, Nathalie Tall n’y a vécu que les 3 premières années de sa vie et n’en a gardé aucun souvenir. À la mort de son père, elle ressent le  besoin d’écrire et de retourner sur le continent de ses racines. Et ainsi sont nés Ariane, Bouh et leurs aventures.

Pour se procurer la trilogie, rendez-vous sur le site de l’auteure !