C’est un jeune garçon différent des autres que nous présente Francisco X. Stork dans son roman Le Monde de Marcelo, paru en 2010 aux éditions Gallimard Jeunesse. Un jeune garçon pas vraiment autiste, mais « souffrant de certaines caractéristiques habituellement associées à des troubles autistiques ».

Un refus des catégories

Le personnage principal, Marcelo, l’exprime très clairement : il n’est pas autiste et refuse d’être considéré comme tel. Il ne se voit même pas comme « anormal » : après tout, ce sont les autres qui sont différents de lui ! J’aime beaucoup l’idée de ne pas définir précisément une maladie mentale, et de prendre plutôt les gens comme ils sont. C’est une manière de faire disparaître les barrières entre nous.

Se confronter au monde réel

Si Marcelo rejette les étiquettes, il se rend toutefois compte qu’il vit dans un monde à part. Absorbé par la « musique intérieure » qu’il est le seul à entendre, il est coupé de sa famille et des jeunes de son âge. Son père surtout a du mal à accepter sa scolarisation dans un établissement spécialisé, où Marcelo apprend à son rythme tout en s’occupant de chevaux et de jeunes en difficulté. Il lui propose alors un marché : si Marcelo veut faire son année de terminale dans cet environnement protégé, il devra d’abord travailler durant l’été dans le cabinet d’avocat de son père. Cela l’obligera à découvrir les règles du monde réel et à sortir de sa zone de confort.

Un parcours initiatique

Ce roman tourne donc autour de l’évolution du protagoniste. D’abord réticent à accomplir ce qu’il considère comme une corvée indispensable pour arriver à ses fins, Marcelo s’investit de plus en plus dans son travail. Il développe des relations avec ses collègues, se rend seul dans des endroits inconnus, cesse de planifier chaque instant de sa journée… Il est très intéressant pour le lecteur de l’accompagner ainsi dans sa métamorphose, une étape après l’autre, tout en subtilité.

Une cause difficile

La transformation de Marcelo est due en grande partie à la photographie d’une jeune fille, qu’il découvre dans un dossier de son père. C’est la victime d’un accident de la route, dont les responsables sont représentés par le cabinet d’avocats. Touché par cette photo sans pouvoir se l’expliquer, Marcelo décide d’aider la jeune fille ; l’auteur prouve ainsi la profonde humanité de ceux que l’on croyait autrefois dénués de sentiments.

Plaidoyer pour un mode de vie adapté à chacun mais intégré à la société, ce livre mêle habilement écologie, religion et premiers émois amoureux dans une composition juste et sensible.

Francisco Stork, Le Monde de Marcelo, Gallimard Jeunesse, 2010.