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Collectif 5 min

Petite trousse de secours

Que l’on soit grand·e ou petit·e, qu’elle nous touche de près ou de plus loin, la maladie n’est pas simple à aborder. On n’a peur d’être maladroit·e, de ne pas trouver les mots ou d’être trop grave. Et si on passait par les livres pour en discuter avec les plus jeunes, ou désamorcer un sujet ?

Évoquer la fin de vie avec sobriété grâce à « Oscar et la dame rose » d’Eric-Emmanuel Schmitt

Si vous décidiez d’écrire à Dieu, serait-ce pour vous plaindre ? Ou plutôt pour raconter vos journées, comme dans un journal intime – ou à un ami ?

Oscar a dix ans et il sait qu’il va mourir. Ce qu’il ignore, c’est ce qui vient après. Alors Mamie-Rose, sa visiteuse d’hôpital, lui suggère d’écrire à Dieu pour se sentir moins seul. Pour comprendre. Mais peut-on vraiment comprendre l’injustice et la souffrance, quand on n’a pas encore vécu ?

Ce conte philosophique sous forme de correspondance n’est pas sans rappeler Le Petit Prince, avec lequel il partage de nombreux thèmes : la tendresse, l’amitié, l’acceptation, la découverte de nouveaux mystères. On voit le monde des adultes à travers le regard d’un enfant, à la fois naïf et lucide. L’écriture simple et directe va droit au cœur.

Ces douze jours résonnent comme un compte à rebours, ou comme les derniers moments de liberté d’un garçon perdu. Ou peut-être comme la prise de conscience d’un condamné, qu’il soit personnage ou lecteur.

Schmitt Eric-Emmanuel, Oscar et la dame rose, Albin Michel ou Magnard, collection « Classiques & Contemporains », 2006. À partir de 14 ans. Ressources disponibles sur le site de l’éditeur.

Stéphanie

Aborder la cécité en musique avec « Le cœur en braille » de Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin

La vie de Victor et Marie-José se trouve bouleversée, le jour où tous les deux décident de s’allier. Le premier est un ado espiègle qui joue du rock avec ses copains, et plutôt mauvais élève dans à peu près toutes les matières. La seconde est une jeune fille brillante passionnée par le violoncelle, qui décide d’aider Victor à obtenir de meilleures notes. Assez vite, les deux collégiens tombent amoureux et Marie se sent assez en confiance pour lui avouer un lourd secret. Elle est en train de perdre la vue, et ses parents ne doivent surtout pas l’apprendre. Ils l’empêcheraient de préparer le concours d’entrée à l’école de musique de ses rêves, de peur qu’elle mette en péril sa santé. Victor se promet coûte de coûte de l’aider et à réussir son concours d’entrée.

Quelle jolie leçon de vie ! Cette bande dessinée nous transporte dans le parcours poignant d’une jeune fille qui devient aveugle mais qui ne recule devant rien. Si elle perd peu à peu la vue, les deux amoureux ont bien des idées pour s’adapter à un quotidien de plus en plus difficile pour Marie. Victor compte le nombre de pas exact pour se rendre d’un endroit à un autre, de façon à ce qu’elle sache qu’elle est arrivée au bon endroit. Au musée, lors d’un cours d’arts plastiques, il lui décrit le tableau qu’ils ont devant eux. Du même coup, notre cancre devient bon élève ! Et il se sent prêt à tout pour soutenir celle qu’il aime jusqu’au bout.

Le sujet de la perte de vue est traité avec une grande finesse. Le combat de cette jeune fille est plein d’espoir et nous montre les questionnements auxquels sont confrontées les personnes atteintes de cécité. Malgré la gravité du sujet, la bande dessinée est pleine de légèreté. La musique est très présente, l’amour et l’entraide traversent le récit écrit Joris Chamblain. Les illustrations d’Anne-Lise Nalin y sont aussi pour beaucoup dans ce résultat. Les couleurs y sont tantôt chaudes, tantôt douces, et les personnages réalisés dans un style inspiré du manga, apportent énormément de vie à l’histoire de ces deux héros qui ont le cœur en braille.

Le cœur en braille, Joris Chamblain, Anne-Lise Nalin, adapté du roman Pascal Ruter, Dargaud, 2023. 16,50€.

Manon

Voir par-delà les différences avec « Les Gens sont beaux » de Baptiste Beaulieu et Qin Leng

Un enfant passe ses vacances dans la belle maison de Yaya et Papou, ses grands-parents. Un jour Papou lui raconte d’où vient la cicatrice qu’il a sur le visage, qui ne l’a pas empêchée de rencontrer Yaya et de devenir médecin. « Cette trace, c’est [son] histoire. » « Et tout le monde en a une » de trace. Papou emmène l’enfant en balade et lui explique que les corps ont tous une histoire. Sur le chemin, ils croisent le vieux Hakim avec sa canne et son dos tordu, Maryline et ses longs gants qu’elle n’arrête pas de toucher, Lionel à l’air très fatigué, Rebecca la touriste assez grosse qui sourit et que tout le monde dévisage, Antoine qui est très maigre… Les portraits se succèdent et l’on découvre autant d’histoires. En rentrant à la maison, le dialogue avec Papou se poursuit sur l’importance de partager ses blessures pour mieux se comprendre et aller mieux.

À travers les yeux de l’enfant, on comprend qu’au-delà de ce qui est visible, il y a des histoires invisibles et que l’on ne soupçonne pas. Au-delà des enveloppes corporelles il y a des êtres et des vécus. Et ce, même dans sa propre famille. « La trace » qu’elle prenne la forme d’une cicatrice, d’aspérités sur le corps, change le corps plus globalement, raconte quelque chose de quelqu’un. Et ces histoires, sont toutes importantes.

Cette galerie de portraits, nous permet à tous, petits et grands d’apprendre à voir par-delà les apparences, par-delà nos différences. Derrière chaque personne ordinaire, il y a une histoire. C’est une ode à la tolérance, qui nous invite à regarder les gens que l’on croise et notre entourage autrement. Antoine de Saint-Exupéry avait raison, « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » Le propos et l’histoire de Baptiste Beaulieu sont magnifiquement servis par les illustrations de Qin Leng à l’aquarelle qui ajoutent de la légèreté et de la poésie au sujet. Un premier livre jeunesse pour l’auteur et une première collaboration réussie ! On a hâte de découvrir le prochain ouvrage ! Un livre à découvrir, à lire et à relire en famille.

Les Gens sont beaux, Baptiste Beaulieu, Qin Leng, Les Arènes, 2022. 16,90€.

Léa

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