Après l’apartheid

Afrique du Sud, 1995. L’apartheid est terminé mais les problèmes subsistent : il faut maintenant confronter victimes et bourreaux. C’est le rôle de la Commission Vérité et Réconciliation, au centre du roman Poussière rouge. Mais le droit suffit-il à la quête de la vérité ? Au-delà des causes politiques se trouvent les individus avec leurs failles et leurs contradictions, leurs petites lâchetés et leurs grands sentiments…

Une réalité historique

Si ce roman est aussi précis et documenté, c’est parce qu’il est écrit par la fille de Joe Slovo, avocat puis ministre de Nelson Mandela. L’autrice est donc autant au fait des subtilités juridiques que des injustices raciales. Elle nous peint un tableau fidèle de ce pays aux routes et aux mœurs poussiéreuses, qui tente péniblement de se remettre d’un siècle de violence et de ségrégation.
Nous voilà plongés au cœur du veld brûlant où les mentalités évoluent lentement.

Des tempéraments opposés

Ce roman choral s’ouvre d’abord sur le personnage de Sarah, jeune et brillante avocate qui a fui ses origines sud-africaines pour le rythme effréné de New-York. Elle n’a jamais regardé en arrière jusqu’à ce que son ancien mentor la rappelle au pays : il a besoin d’aide sur une affaire délicate.
Commence alors le difficile réajustement de Sarah à une ville qu’elle ne connaît plus et à ses habitants tout aussi impénétrables : un homme politique affable qui se renferme dès qu’on évoque son passé de victime, un ancien policier tortionnaire qui régnait autrefois sur la ville, et un instituteur qui voudrait enfin pouvoir enterrer son fils disparu 13 ans plus tôt.
Tous se retrouvent inextricablement liés sans pour autant parvenir à communiquer : car comment peut-on exprimer l’horreur ?

Une lente progression

C’est la question à laquelle le roman va essayer de répondre. On accompagne les personnages dans leur voyage intérieur et dans leur exploration du passé. Que vont-ils déterrer ?
Le syndrome de stress post-traumatique est finement abordé, avec l’oubli comme mécanisme de survie. Faut-il chercher à se rappeler ce que notre esprit a choisi d’oublier ? Comment faire la paix avec la perte d’un fils ou avec la destruction de notre humanité ?
Le cheminement est ardu mais nécessaire, et le lecteur assiste à chaque étape. À travers la diversité des personnages, on touche chaque point sensible : la famille, le patriotisme, la honte, la douleur. Sans oublier le fossé culturelle et l’incompréhension ; ou, au contraire, la trop grande intimité entre deux hommes qui se haïssent. Si le sujet est complexe, son traitement est parfaitement approprié. Il prend le temps de se dévoiler.

Poussière rouge n’est pourtant pas un livre lent, bien au contraire. De plaidoirie en interrogatoire, de ferme isolée en commissariat de police, il développe une intrigue aussi captivante qu’un roman policier. Il fait mûrir ses personnages au fil des révélations, et le lecteur lui-même est contraint d’évoluer avec eux.

Gillian Slovo, Poussière rouge, Gallimard Jeunesse, collection « Scripto », 2006.

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