Un conte illustré qui parle du respect de la nature et de l’efficacité de l’entraide.

Tous ensemble

« C’est arrivé un jour de tempête » : un grand chêne, le grand chêne, s’effondre. Le lendemain d’orage est difficile et les habitants doivent non seulement faire face aux dégâts mais aussi constater la chute de leur cher arbre. Des gens arrivent alors de partout pour le sauver. On s’organise, on construit des échafaudages, on attache des cordes, on rassemble les bêtes de trait… et chacun se met à tirer. Mais rien n’y fait, et le grand arbre ne bouge pas. La nuit venue, quand les humains ont renoncé, ce sont les animaux sauvages qui se rassemblent et qui à leur tour, tirent, tirent, tirent pour redresser le grand chêne.

Mais tous les efforts sont vains.

Épuisés et découragés, les humains se réunissent pour écouter les histoires des temps anciens, les contes de grandes forêts et d’arbres millénaires. Jusqu’à revenir aux origines, du temps où les géants de pierre ont bâti le monde.

Et c’est ce mythe qui donne une idée pour replanter l’arbre : hommes, bêtes, animaux se rassemblent, grimpent les uns sur les autres, se mêlent et se combinent pour former un géant, fait de chair et d’os.

Et ensemble, ils soulèvent le grand chêne.

Un conte philosophique

Sans parler de morale, ce bel album laisse le petit lecteur tirer quelques conclusions. Il montre que l’union fait la force, qu’en s’alliant on trouve le courage et l’énergie pour soulever des chênes… à défaut des montagnes. De cet élan général pour sauver un grand arbre effondré, on retient la richesse de l’action commune et l’importance à accorder aux choses de la nature qui nous dominent, mais aussi celles plus petites qui nous entourent.

Voici donc le message sous-jacent qu’on peut y trouver : c’est ensemble que nous peuplons la terre et nous avons tous notre rôle à jouer pour en relever les arbres abattus, s’allier aux autres espèces. C’est un message de respect, d’attention et d’action.

L’histoire évoque aussi la réaction à la perte : les habitants passent du déni (non, le grand arbre n’est pas mort) au désespoir (rien ne sert de lutter). Mais finalement, mus par une force commune, tous refusent de céder à ce qui s’est accompli et opposent à la détresse leur joie et leur détermination.

À travers ses dessins colorés, pas très réalistes et un peu oniriques, cette histoire élève donc le débat et, en dépeignant un monde où le petit et le grand, le jaune et le rose se côtoient sous les grands feuillages verts, prend des tournures universelles. Faisant fi des proportions, mêlant bisons énormes, chiens bleus, géants et personnages de toutes les couleurs, il prend des allures de mythe.

Conte à rebours

Avec son côté onirique et l’importance accordée aux légendes, l’histoire ressemble elle-même à un mythe. Elle s’ouvre sur un Commencement apocalyptique : des flots déchaînés, auxquels se mêlent la terre au loin et le ciel en furie. Or ce n’est pas un début de création, mais de destruction. C’est sur un grand chamboulement que se bâtit l’histoire : le chêne renommé nous apparaît pour la première fois couché, renversé.

Mais le dénouement est positif, puisque tout en s’appuyant sur les références aux mythes originaux, ce sont les êtres vivants qui prennent en charge le redressement de leur monde. Les hommes et les animaux s’allient pour former un géant de pierre comme ceux qui ont créé le monde, opérant par là un retour aux sources qui leur permet de tisser de nouvelles racines…

Le jour où le grand chêne est tombé, de Marie Caudry et Gauthier David, publié aux éditions Thierry Magnier (2017).

Prix : 16,50 €.