Récompensé, par l’association La Plume de Paon, du Grand Prix du livre audio et le prix du livre audio dans la catégorie jeunesse, Le Château des pianos, arrivait à point pour la fête de la musique. Impressionnées par l’ouvrage que nous avions déjà remarqué lors de sa publication en octobre 2014, aux éditions Sarbacane, nous avons eu envie de rencontrer son auteur Pierre Créac’h. Qui est-il ? Comment son ouvrage est-il né ? L’auteur, également illustrateur et, avant tout, musicien, nous explique.

  • Comment est né Le Château des pianos ?

Entouré d’herbes hautes, salles baignées dans la pénombre, le château des pianos est un lieu réel…

« C’est un livre que j’ai fait inspiré par une expérience personnelle. J’avais trouvé ce thème il y a assez longtemps car ce château existe vraiment. C’est un château du XIXe dans lequel des amis à moi vivaient. Le propriétaire est un passionné de pianos anciens et a voulu en faire un lieu poétique, d’instruments anciens. »

Un jour, Pierre Créac’h est invité par des amis à y donner un concert et c’est à cette occasion qu’il découvre  un château de pianos. « C’était un endroit hallucinant. Le château en lui-même est très joli, à moitié entretenu, avec du lierre qui envahit la moitié du château. Il y a des pianos un peu partout, des salles fermées sans lumière. Une vraie ambiance de château enchanté. C’était un endroit hors-temps. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un film, un décor de cinéma ou un documentaire. Je découvrais à la fois le lieu et les instruments anciens dont je n’avais jamais entendus parler. J’avais aussi l’idée d’une œuvre musicale avec des pianos en cercle. » Et c’est finalement sous forme de livre-audio que le projet a vu le jour. Le projet du propriétaire était un peu utopique et le château s’est malheureusement détérioré. Aujourd’hui, il a été vendu à des promoteurs, mais il vit encore sous forme de livre…

Chateau des pianosD’où vient Rémi ?

En réalité, Pierre Créac’h a hésité à en faire un petit compositeur ou seulement un interprète de la même façon que l’auteur lui-même oscille entre ces deux rôles. Comme Rémi qui, vous l’aurez deviné, tire son prénom de deux notes de musique, l’auteur a également étudié le solfège et a été formé au conservatoire. « Rémi est un personnage très autobiographique. Je lui ai fait des lunettes un peu intello, des baskets qui rappellent celles de Corbac aux baskets, dessinées par Fred. ». (Qui dessine d’ailleurs un monde absurde que Pierre Créac’h aime beaucoup).

  • Comment Pierre Créac’h est-il alors devenu à la fois auteur, illustrateur et musicien ? Quel rôle tient-il le plus ?

​À cette question, Pierre Créac’h répond non sans ironie que « c’est le grand drame de [s]a vie ».  Le texte, la musique et le dessin sont très prenants, et «  peuvent occuper l’esprit en permanence. » C’est à la fois une chance et une malchance de pouvoir tout faire » car il faut alors tout gérer à la fois…Au départ, il n’est « pas du tout littéraire ». Avant tout, c’est un vrai passionné de musique, aussi bien classique que contemporaine. Au conservatoire, il a suivi des cours d’écriture musicale, d’érudition et de composition, et était aussi interprète. Par la suite, il a fait une école de dessin à Paris dans laquelle il enseigne aujourd’hui, ce qui explique notamment son joli coup de crayon.

« La musique fait partie des choses que je voulais transmettre. Comme je n’ai pas choisi ou que je n’ai pu devenir compositeur, je me suis dit  “dans ce livre-là, tu vas mettre tout ce que tu as”.» Et c’est ce qu’il a fait, avec brio ! Les illustrations sont grandes, denses, et du même coup… impressionnantes. Son travail s’est étalé sur deux ans : « l’écriture m’a pris un été, et il y a eu 3-4 mois avec des retouches derrière. En général si j’ai le temps, je laisse mûrir le travail et je reviens ensuite dessus. »

Par rapport au Silence de l’opéra, le texte a été beaucoup plus ciselé avant de le soumettre à l’éditeur. Le livre audio, qui accompagne l’album, l’a aussi beaucoup aidé dans son travail, par le fait de « dire le texte ». Pierre Créac’h parle d’une littérature sonore qui l’incite à choisir un mot plutôt qu’un autre : « j’écoutais et modifiais ce qui sonnait plus ou moins bien. »

  • Comment s’est déroulée l’écriture du Château des pianos ?

Pierre Créac’h a tout d’abord écrit le texte sans faire d’images, fort d’une expérience avec Le Silence de l’opéra. « Je l’ai ensuite retravaillé et me suis rendu compte, que certaines choses dîtes en images n’avaient en fait pas besoin d’être précisées dans le texte. Puis j’ai réalisé une maquette-son, pour le livre disque : je me suis enregistré, j’ai fait les bruitages, écouté plein d’extraits de musique… ». Enfin, avec la maquette, il s’est rendu chez son éditeur.

  • Comment s’est déroulé le travail avec l’éditeur ? Le texte et les illustrations ont-ils été retravaillés de concert ?

Le texte n’a en réalité pas été beaucoup retravaillé : « mon éditeur est quelqu’un de très exigent sur le texte et c’est tant mieux ! D’autres choses que je ne voulais pas changer parce que je trouvais que cela tenait plus de l’ordre du subjectif ne l’ont pas été. Mais c’était très important d’avoir fait ces “réglages”, d’avoir corrigé certaines lourdeurs. »

  • Pourquoi avoir choisi de dessiner un album en noir et blanc ?

Le Château des pianos est entièrement en noir et blanc, dessiné à la mine de plomb. Et il y a une raison à cela : Pierre Créac’h a fait une école de classique de dessin où il a beaucoup travaillé les contrastes : « j’adore travailler la lumière. Je trouvais intéressant de bien minimiser les couleurs pour équilibrer avec la richesse de la musique. » Petite anecdote : pour dessiner et colorier les illustrations plus vite, il tenait parfois trois crayons dans la main !

  • Pourquoi avoir choisi Pierre Arditi en particulier pour conter cette histoire ?

« On voulait donner à l’histoire quelque chose d’assez paternel. On l’a choisi pour son grand talent, la poésie de sa voie et sa sympathie ; il dégageait quelque chose qui me plaisait ».

  • Pourquoi avoir choisi la littérature jeunesse plutôt qu’un autre genre de littérature ?

​La question se pose car au départ, l’auteur était plutôt intéressé par les films d’animations. « Maintenant j’aimerais bien m’orienter. Je n’ai pas de capacité comme Laurent Gaudé par exemple que j’admire beaucoup. Les histoires pour les enfants, ça me vient assez naturellement. J’ai été fasciné par les films d’animations, je voulais  en faire. Voyant la difficulté, j’ai plutôt décidé de faire un livre pour enfant, mais peut-être que je ferai un film d’animation un jour… » .

  • Le Château des pianos est plein de références musicales. Quelles sont ses sources d’inspiration musicale ?

Dans son ouvrage, Pierre Créac’h a « voulu parler des plus grands maitres de la musique classique. En termes de compositeur, j’affectionne beaucoup la musique du XIXe et du XXe. Dans la musique contemporaine, on n’a pas ce filtre qu’on a pour Mozart ou Beethoven par exemple. Je voulais parler de ces compositeurs là, qui ont fait une œuvre magistrale. » Et plutôt que de voir le côté écrasant, intimidant, de leurs œuvres sentiment beaucoup de petits musiciens ont éprouvé au cours de leur initiation musicale –, Rémi les considère comme « un souffle et une aide ».

« J’ai parlé des grands compositeurs qui sont les monstres de l’histoire » en contrepoint avec un « tout-petit garçon qui contraste avec ces grands. » Les œuvres choisies du livre audio sont des pièces de l’enfance, celles que les jeunes pianistes apprennent souvent à jouer au début de leur apprentissage. La Fileuse de Mendelssohn par exemple, avait valu beaucoup de trac à l’auteur lui-même qui avait dû le jouer pour un concours de piano (et encore aujourd’hui devant le micro !).

  • Enfin, pour célébrer la fête de la musique et l’été, quel morceau et quel livre jeunesse Pierre Créac’h nous recommande-t-il ? 

Écoutez les Variations d’A vous dirai-je Maman de Mozart, que l’auteur travaille lui-même en ce moment. Un morceau « simple, tout léger ».

Pour ce qui est de la littérature, Pierre Créac’h nous conseille La revue dessinée, bande-dessinée qui paraît tous les trimestres, « une BD géniale qui traite de tous les sujets. »

 

Le Château des Pianos, Pierre Créac’h, éditions Sarbacane, octobre 2014.

Merci à Pierre Créac’h d’avoir répondu à nos questions !

Photos : © Pierre Créac’h