En cette journée du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous avons décidé de vous faire part de certains de nos coups de cœur sur ce thème. Nous vous parlerons de grandes figures féminines, de l’égalité des droits, de femmes méconnues ou oubliées…

Vive Rosa Parks !

Plus que les livres en eux-mêmes, c’est cette idée de collection exclusivement dédiée aux femmes que j’ai envie de saluer aujourd’hui. Lancée il y a quelques mois en France, la collection « Petite & grande » est consacrée à des héroïnes qui ne sont autres que Marie Curie, Frida Kalho ou Coco Chanel, pour ne pas toutes les citer ; des femmes étonnantes qui ont accompli des choses extraordinaires. À l’origine, ces livres ne sont en réalité pas parus en France, et ils rencontrent depuis un grand succès à travers le monde !

C’est avec Rosa Parks, réalisé par Lisbeth Kaiser et Marta Antelo que j’ai eu envie de commencer. Sous forme d’un album documentaire, nous découvrons le courage sans borne de cette femme de couleur noire, née en Alabama, qui milite pour la fin de la ségrégation et luttera toute sa vie pour l’égalité des hommes.

Plus séduite par le concept de la collection que les illustrations – au style naïf et simple mais dont le trait léger appuie une histoire lourde de sens – je recommande toutefois ce livre sans hésiter ! À mettre entre toutes les mains, des petits et des grands, pour qui cela fait une petite piqure de rappel.

Rosa Parks, Lisbeth Kaiser et Marta Antelo, coll. « Petite et grande », éditions Kimane, octobre 2018. Prix : 9,95€ – À partir de 7 ans

Par Manon

Une lecture renversante !

Et si vous marchiez la tête en bas ? Une expérience, juste pour voir ce que cela fait ! C’est drôle, mais ce n’est pas très agréable, n’est-ce pas ? Eh bien ! c’est un peu le sentiment que procure ce petit bijou de roman.

Tom et Léa sont sœur et frère. Un jour, leur père leur demande de réfléchir à la place des filles et des garçons dans la société. Persuadée d’avoir une vision très juste des choses, Léa promet de le faire pour son frère. Mais elle assure à son père qu’il verra qu’elle ne va « rien trouver de renversant ».

La première chose que Léa remarque, ce sont ces noms que l’on voit partout. Les rues et les écoles portent le nom de femmes célèbres. Dans leur école, comme partout, on apprend que le féminin l’emporte sur le masculin, « parce qu’il est réputé plus noble que le masculin à cause de la supériorité de la femelle sur le mâle ». C’est ainsi. Dans ce monde parallèle au nôtre, où tout est inversé, l’entrée des femmes dans l’âge adulte et les menstruations sont célébrées, les filles sont réputées meilleures en maths que les garçons, certaines histoires sont dites à l’eau de bleuet, la littérature regorge d’héroïnes en tout genre… Les garçons ne peuvent rien faire en public sans que les filles ou les femmes n’aient quelque chose à redire sur leur comportement. Quant aux publicités, elles incitent les hommes à être toujours plus beaux, plus forts et plus sexy afin de plaire aux femmes. Enfin, les garçons et les hommes doivent faire attention à leur tenue dans la cour de l’école comme dans la rue.

Ensemble, sœur et frère vont s’interroger sur ce monde dominé par les femmes où les clichés ont la peau dure.

Renversante nous amuse un peu de prime abord, puis nous choque et finalement nous fait surtout réfléchir, enfants comme adultes. Florence Hinckel se prête à un véritable exercice de style dans ce roman, puisqu’au-delà de la société inversée, les accords du texte, les personnages historiques et leurs citations sont également inversés. Le propos n’en est que plus pertinent. À l’heure où les noms féminins de métiers sont enfin reconnus par l’Académie française, ce livre fait du bien ! Les illustrations de Clothilde Delacroix apportent une touche de légèreté et d’humour, venant parfaitement corroborer le propos du roman.

Un livre à mettre dans toutes les mains, des filles comme des garçons, sans oublier celles de leurs parents.

Renversante, Florence Hinckel et Clothilde Delacroix, coll. « Neuf », éditions L’École des Loisirs, février 2019. Prix : 10,00€ – À partir de 9 ans

Par Léa

De l’autre côté du miroir

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache une forte personnalité. Elle a l’air d’une petite souris mais peut rugir comme un lion ! Capable de lire le passé des objets et de traverser les miroirs, sa vie bascule quand on la fiance à Thorn, un homme qu’elle ne connaît pas mais qu’elle doit suivre sans discuter. Pourquoi ? Qui en a décidé ainsi ? Et surtout : Ophélie acceptera-t-elle sa situation et son mari, ou parviendra-t-elle à se libérer ?

Dans un univers foisonnant de magie et de morceaux de monde, ce mariage arrangé est tout sauf romantique. Les intérêts des personnages divergent et le choc culturel est intense ! Difficile d’imaginer une paire plus mal assortie.

Pourtant, la volonté d’Ophélie et son intelligence en font une héroïne hors du commun. D’abord jeune fille timide puis pion sur un échiquier politique, elle saura s’imposer et prendre en main son destin. Toute en subtilité et en détermination, Ophélie évolue en restant fidèle à elle-même. Elle change, mais fait aussi changer les gens autour d’elle – surtout Thorn – et ne renonce pas facilement. Un modèle pour nous toutes !

La Passe-miroir, Tome 1 : Les Fiancés de l’hiver, Christelle Dabos, collection. « Pôle Fiction », Gallimard Jeunesse, mai 2016. Prix : 8,65 €.
À partir de 13 ans.

Par Stéphanie

À quoi rêvent les filles d’Agnès Rosenstiehl ?

On connait tou.t.e.s la Mimi Cracra d’Agnès Rosenstiehl. Mais on connaît beaucoup moins ses trois albums des années 1970 : Les Filles, De la coiffure et La Naissance. Ces trois livres cultes, les premiers de leur autrice, réédités récemment par la maison d’édition engagée La Ville brûle, sont désormais à nouveau disponible en librairie.

Initialement publié en 1976, Les Filles est un album résolument féministe et moderne. Il y est question de la découverte du corps, des activités des petites filles, pas très différentes de celles des garçons.  Oui, car les petites filles, font ce qu’elles veulent quand elles le veulent ! Elles peuvent « plonger à 100 à l’heure ! », « faire des passes ! » au rugby, s’amuser, danser, faire ce qu’elles aiment ! On aime l’esthétique de cet ouvrage, la typographie et le trait au feutre fin, propres à son autrice. Ces silhouettes nous sont familières. On aime l’aisance de cette petite fille, qui est, tout simplement. Un album tout doux, pour les petites filles et les petits garçons !

Plus de 40 ans après, ce livre culte n’a rien perdu de sa force. Plein de fraîcheur, ce livre est toujours d’actualité. Et Nelly Chabrol Gagne, enseignante-chercheuse en parle très bien.

« Parus dans les années 1960 et 1970, parfois réédités, ces albums sont devenus introuvables sur le marché français. Or, leur graphisme épuré qui va droit au but, leurs mots qui ne rapetissent pas les enfants, leurs personnages qui se posent les bonnes questions parce qu’ils souhaitent les bonnes réponses, n’ont pas pris de rides ou si peu. Un vrai et nouveau travail autour des iconotextes entre l’artiste et l’éditrice permet de satisfaire à nouveau l’attente des enfants qui se demandent encore et toujours comment on naît et comment on est… fille, garçon ? Et plus, même .»

Nelly Chabrol Gagne, enseignante-chercheuse – Université Clermont-Auvergne (France), autrice de Filles d’album (L’Atelier du poisson soluble, 2011)

Les Filles, Agnès Rosenstiehl, éditions La Ville brûle, octobre 2018. Prix : 14€ – À partir de 6-7 ans.

Par Léa

Où sont passées les filles ?, de Gabriele Sparwasser

Où sont passées les filles ? est un album écrit et illustré par Gabrielle Sparwasser aux éditions Thierry Magnier. Cet album au style graphique atypique est un hommage aux femmes travailleuses. Chaque double page est ainsi un portrait différent d’une femme et de son métier, dont un certain nombre sont considérés comme « masculins ». Avec panache et élégance, cet album fait un pied de nez bien mérité aux stéréotypes de genre !

Cet enchaînement de portraits de femmes donne la parole à chacune d’elles : elles y décrivent leur travail qu’elles pratiquent avec dévotion, passion et tendresse. Nous y trouvons notamment Bianka, la femme pompier, Gabi la tailleuse de pierre, Barbara l’urgentiste, Suzanne l’astronome ou encore Souad la patronne de bistro.

En finesse et sans aucun pathos, Où sont passées les filles ? nous rappelle que les femmes ont dû lutter pour avoir une place dans le monde du travail et être acceptées par leurs paires. Un album fin qui démontre aux jeunes filles qu’elles ont les capacités de tout entreprendre si elles le souhaitent.

À propos du portrait des Miss Frix et Anna, jongleuses :

Et hop une balle, et hop-hop deux balles, et hop-hop-hop deux balles et une massue.

Entraînements quotidiens. Rome, Paris, Berlin.

Nous voyageons sans cesse et partout où nous passons, nous émerveillons les gens.

Où sont passées les filles, éditions Thierry Magnier, avril 2013. Prix : 15,80 € – À partir de 7 ans.

Par Chloé

D’autres chroniques à venir dans les prochains jours, nous vous parlerons des Culottées de Pénélope Bagieu, de la maison d’édition Talents hauts et d’autres ouvrages…