Hafiz est un jeune Soudanais arrivé en France il y a quelques mois. Dans un livre grave mais coloré, il raconte son histoire en dessins.

Dessiner les rencontres

Voilà un livre qui met petits et grands sur un pied d’égalité. À travers des illustrations en apparence naïves et des mots très sobres, on découvre le parcours difficile d’un migrant, un périple semé d’embûches difficiles à imaginer.

Le livre commence par un grand dessin présentant la famille et le village de Hafiz, au Soudan. Quand tout allait encore bien. Puis le frère de Hafiz est arrêté et exécuté, lui-même est jeté en prison et c’est quand il s’en évade que commence son grand voyage : la traversée du désert, la galère en Lybie, les passeurs, le canot sur la Méditerranée, les matraques en Italie, le passage en France et l’attente boulevard de La Chapelle…

Le récit ne laisse pas pour autant de place à l’affect. Les étapes du périple de Hafiz se lisent comme elles ont été racontées, sobrement, simplement. Et au milieu de ce récit qui va à l’essentiel, on retrouve pleins de ces petits détails qui font la vie d’un individu balloté par les aléas géopolitiques. Pour accompagner les mots, le dessin est simple, coloré, mais pas si enfantin qu’on pourrait le croire.

À pas feutrés

Pendant 80 pages, on suit une histoire qui se raconte en deux temps : d’un côté le dessin au feutre, de l’autre les paroles traduites en français. Mots et couleurs se répondent, donnant à lire un témoignage fort en détails et en intensité. Les illustrations, comme les paroles, vont à l’essentiel et privilégient l’action ainsi que les portraits – de profil – des dizaines d’hommes et de femmes rencontrés.

C’est lors d’un atelier du collectif Dessins sans papiers que Hafiz commence à dessiner. Pour ceux qui ne parlent pas encore français, c’est un moyen d’accéder à la parole et de pouvoir raconter. En auto-éditant les dessins de Hafiz Adem, le collectif donne une large visibilité à un témoignage fort et très actuel.

Le voyage de Hafiz El Sudani, Dessins sans papiers, 13 €.