C’est une adaptation un peu particulière que l’on vous propose aujourd’hui… car ce n’est pas vraiment une adaptation. Mais Edmond d’Alexis Michalik retrace les coulisses de la création de Cyrano par Edmond Rostand, de façon magistrale !

Il s’agit donc d’une pièce de théâtre à propos d’une pièce de théâtre. La mise en abyme est belle. Et ce flou artistique se poursuit sans interruption pendant 2 heures ; passant allègrement d’une pièce à l’autre, il fait jouer au public deux rôles à la fois. Il est finalement impossible de les départager en choisissant celui qu’on a préféré : Edmond ou Cyrano ?

Cyrano

Commençons donc par Cyrano, puisque ce texte est – légèrement – plus ancien : il date de 1897. C’est l’histoire d’un bretteur rimailleur, plein de verve et de courage, mais affublé d’un nez gigantesque qui l’empêche de déclarer son amour à Roxanne, digne des ingénues de la Renaissance. Il décide donc d’aider son ami Christian, au physique de jeune premier mais pauvre d’esprit, à conquérir la belle dont il est amoureux. Ce triangle romantique est évidemment compliqué par un noble jaloux et autoritaire, un pâtissier amateur de beaux vers, et une compagnie entière de cadets de Gascogne tous plus bravaches les uns que les autres.

L’intrigue se dénouera en 5 actes, après une bataille épique et quinze années de silence, dans une scène finale qui arrache des larmes aux cœurs les plus endurcis.

Edmond

À cette matière première, Alexis Michalik ajoute des ingrédients qui lui sont propres et qui ont déjà fait le succès de sa première pièce Le Porteur d’histoire – une chasse au trésor littéraire sur fond d’Alexandre Dumas. De l’humour et du rythme ; des personnages bien trempés qui captent immédiatement l’attention ; une passion pour la littérature qu’on est forcés de partager… Edmond a tout pour plaire.

Mêlant harmonieusement réalité et fiction, il fait de nous un double public ; celui de ces deux pièces enchevêtrées qui se soutiennent mutuellement. Nous sommes parfois dans les coulisses avec les acteurs, en voyant des comédiens – de dos – jouer Cyrano ; puis le décor tourne et nous nous retrouvons public de cette même pièce, avant de repartir avec Edmond sur les traces de son héros. Des allers-retours qui pourraient donner le tournis s’ils n’étaient pas aussi fluides et parfaitement exécutés !

Et quand des personnages historiques s’ajoutent au tableau pour l’ancrer un peu plus dans la réalité – et perturber davantage le spectateur -, c’est la cerise sur le gâteau ; Sarah Bernhardt, Georges Courteline et Georges Feydeau, Maurice Ravel, Anton Tchekov… Tous se croisent dans les situations les plus improbables, en une symbiose magique et envoûtante !

Alors, que s’est-il réellement passé ?

Edmond par Alexis Michalik au théâtre du Palais Royal (durée : 1h50)