Dans une Belgique occupée par les Allemands, la famille Claessen cherche du réconfort dans la musique. Le père, Sander, ainsi que son fils, Jef, et sa fille, Renée, jouent de la trompette dans la fanfare du village. Depuis l’arrivée des Allemands, jouer est devenu de plus en plus difficile. Un jeune garçon prénommé Ward, qui a tapé dans l’oeil de Renée, se joint à la fanfare, armé de son saxophone. Tout le monde est impressionné par son niveau et la fanfare continue à s’entraîner, parfois dans le dos des Allemands. Jef et Ward se lient d’amitié, Ward et Renée d’amour.

L’atmosphère s’alourdit à mesure que les griffes allemandes se referment de plus en plus sur les habitants. Un sentiment de révolte s’empare d’une partie de la population, pendant que l’autre perçoit un danger imminent plus important à l’Est : la chute de Stalingrad.

Comment faire lorsque l’on se trouve du mauvais côté de l’histoire ?

Ce premier tome se raconte à quatre voix : celle de Rémi, le plus jeune de la famille Claessen, celle de Jef et de Renée, ainsi que celle de Ward.

Dès le prologue, le lecteur est prévenu du départ de Ward, très mal vu au village. On met du temps à comprendre comment Ward, garçon honnête et admiré de tous, devient la brebis galeuse du village. La lecture n’en est que plus stimulante car elle devient une recherche d’indices pour dénicher la vérité sur Ward.

« Les héros ne racontent jamais leur histoire eux-mêmes. C’est leur entourage qui s’en charge. Ça commence par “il était une fois”, puis le héros accomplit un acte de bravoure, et enfin il ou elle vit pour toujours.

Ce genre de cadeau de m’arrivera pas. »

La vision de chaque personnage-narrateur rend compte de l’oppression allemande constante, ainsi que l’impuissance, la peur et la colère qui en découlent. Le personnage de Rémi, étant celui qui comprend le moins la situation, donne lieu à certaines réflexions comiques :

« Nous devions sans cesse apprendre des chants allemands et nous les avons vite appris. Quand la guerre a été finie, je les ai aussitôt oubliés. Ça a été facile pour moi car, dès que je commençais à en chanter un à la maison, je recevais une torgnole qui me laissait groggy. Grâce à ces baffes, les chants ont déserté ma tête. »

Mais l’originalité de ce texte repose surtout sur l’angle collaborateur que l’histoire aborde en dénonçant les stratagèmes utilisés pour amener les jeunes à se ranger du côté des Allemands.

Une fiction historique remplie de petits détails réels qui rendent la lecture informative et captivante. Un grand bol d’émotions et de rebondissements, un livre difficile à lâcher !

« Demain sera un nouveau jour. Qui sait, peut-être la guerre s’arrêtera-t-elle d’un coup ? Une guerre a un début et une fin. Et si c’était demain ?

Vous imaginez.

Le paradis ne serait rien à côté de ça. »

Nous voulons tous le paradis, un roman de Els Beerten, traduit du néérlandais par Maurice Lomré, et édité par La Joie de lire dans la collection Encrage en septembre 2015. 

Ariane

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