En prenant le livre d’Ava Dellaira en main, je m’attendais à une certaine expérience de lecture : sa couverture bleutée qui représente un coucher de soleil, les grandes lettres du titre rédigé en anglais, une jeune fille qui écrit dans un carnet au milieu du tout. Je l’avoue, j’y voyais plutôt un roman fleur bleue et enfantin. Mais heureusement, et comme pour tout livre, il y a une quatrième de couverture !

À quinze ans, Laurel fait ses débuts au lycée. Nouveau lycée, nouvelle vie ? Oui et non. Sa nouvelle vie, elle, a commencé il y a 6 mois, lorsque sa grande soeur May est morte.

À la suite de quoi, sa mère est partie vivre en Californie. Laurel se retrouve coincée entre un père qui ne sait plus vraiment sourire et une tante Amy ultra-religieuse qui la prie de bien vouloir trouver Jésus à longueur de journée. Entourée de ces deux figures parentales, Laurel garde le silence.

Pour s’intégrer avec ses nouveaux camarades, elle commence à s’habiller comme May en piochant dans l’armoire de celle-ci, à essayer de vivre comme l’avait fait sa soeur, en bref, Laurel veut pouvoir se cacher dans son ombre pour mieux resplendir.

Chaque épisode raconté l’est sous forme de lettre à une personnalité disparue (la mode est à l’épistolaire on dirait !). Celles-ci comprennent Kurt Cobain, River Phoenix, Amelia Earhart, Judy Garland, Janis Joplin, Elizabeth Bishop, Amy Winehouse et d’autres encore. Musiciens, acteurs, poètes et célébrités se confondent, chacun apportant leur lot de courage, d’amour, et de peine qui inspirent Laurel. Grâce aux parallèles qu’elle établit entre ce qu’elle vit et ce qu’ils ont vécu, nous en apprenons beaucoup sur ces vies tragiques. (J’ai trouvé cela très instructif !)

Laurel est une jeune fille très observatrice avec une âme de poète, qui s’imprègne du monde autour d’elle et qui nous en parle avec dévouement et curiosité. Elle se tourne vers le dehors, vers les problèmes de ses amis, Hannah et Natalie, ou de ses parents, sûrement pour ne pas avoir à regarder au fond d’elle, là où se trouve cette culpabilité qu’elle n’arrive pas à faire taire et qui la terrorise depuis la mort de sa soeur. May était toujours celle qui la rassurait, qui inventait toutes sortes d’histoires de fées pour éloigner ses peurs, et c’était la personne qu’elle admirait le plus au monde. Laurel lutte pour retrouver son équilibre maintenant que sa soeur n’est plus là.

J’ai eu du mal au début parce que son âge fait qu’elle a fréquemment recours au lyrisme pour exprimer les sensations et les émotions, mais au fur et à mesure de ma lecture, la subtilité de ses réflexions et de ses sentiments m’a séduite.

On sent une compassion chez Laurel pour les stars décédées, pour ces personnes qui ont connu la même fin tragique que sa soeur. Puis vient la colère et le sentiment d’injustice. Elle leur en veut d’être parties en laissant les autres derrière s’occuper du reste, des gens encore là comme son père ou comme elle. Et même May finit par perdre de sa superbe à force. Elle comprend qu’elle n’était pas parfaite, et c’est peut-être ça le plus grand soulagement.

« Il suffit peut-être de raconter les histoires, même dramatiques, pour ne plus leur appartenir. Pour se les approprier. Et peut-être que grandir, c’est comprendre qu’on peut être autre chose qu’un personnage qui va là où l’histoire le pousse. C’est comprendre que cette histoire, on peut aussi en être l’auteur. »

Ce roman est dans la même lignée que Le monde de Charlie de Stephen Chbosky , qu’elle qualifie d’ailleurs d’« ami cher » et de « mentor » dans ses remerciements.

Il n’y a pas encore d’adaptation cinématographique mais cela ne saurait tarder. Le texte s’y prête complètement.

Dès 14 ans.

Love Letters to the Dead  d’Ava Dellaira est paru chez Farrar, Straus and Giroux en 2014. La traduction française est parue la même année sous le même titre aux éditions Michel Lafon.

Ariane