Lorsque l’on m’a conseillé Janis est folle, je me suis dit « encore un roman d’amour ». Faisant confiance à mon interlocutrice et ayant déjà eu des surprises suite à ses recommandations, je me suis lancée et suis allée l’acheter chez mon libraire. Je ne m’étais pas trompée, c’est bien une histoire d’amour. Mais dans ce roman, nous sommes bien loin des sentiments dégoulinants amoureux de deux jeunes adolescents. Janis est folle, relate l’histoire de l’amour d’un jeune garçon pour sa mère.

Deux personnages singuliers

Titouan a 15 ans, joue de l’accordéon et ne va pas à l’école et puis, il a Janis. Janis c’est sa mère. Elle vit dans un monde à part, dans son monde à elle. « Elle est effacée, discrète, farouche, ne regarde jamais les gens dans les yeux. ». Elle est atteinte de cette folie incompréhensible qui lui fait faire des choses étranges, choquantes, irresponsables, dangereuses et imprévisibles qui se manifestent soudainement sans qu’on s’y attende. Titouan est le seul à savoir décrypter l’humeur de sa mère. Elle ne parle pas ou alors très peu et lance des phrases sans queue ni tête qui auraient du sens si l’on pouvait connaître les histoires qu’elle se raconte…

Une vie à l’écart

Tous les deux vivent sur la route. Leur maison c’est une vieille Volvo dans laquelle ils dorment sur un futon, posé sur la banquette arrière. De temps en temps, ils s’arrêtent dans un camping pour prendre une douche. Mais invariablement, leur dîner se composera de pain de mie et de fromage. Titouan aime sa mère plus que tout et veut la protéger, son crédo : « On risque rien tant qu’on est ensemble ». Lorsqu’elle n’est pas à côté de lui ou qu’il ne la voit pas, des montées de sueurs froides lui traversent le dos. Il a sans cesse peur qu’elle cède à une impulsion et qu’elle fasse une bêtise, ou qu’elle parte sans lui. Les instants qu’il préfère sont ceux lorsqu’il joue de son accordéon Estrellas (le seul morceau d’ailleurs qu’il connaisse) et que sa mère se met à danser. Dans ces moments là, tout va bien, ils sont ensemble et rien ne peut les atteindre.

De temps en temps Janis travaille et ils restent alors quelques mois (pas plus de quatre) au même endroit. Suffisamment de temps pour qu’elle tombe amoureuse de n’importe quel type qui devient l’homme de sa vie. Mais l’idylle ne dure jamais longtemps, « avec elle tout est éphémère, voué à une fin précipitée, à l’échec ». Le dernier en date est Pascal. Après avoir mis le feu à l’appartement qui leur louait (et dans lequel se tramaient des choses pas très claires), Janis et Titouan prennent la fuite, l’amant en colère à leurs trousses. Dans cette folie, qui n’est pas incongrue lorsqu’on vit avec Janis, il y a cependant quelque chose de différent. Elle devient plus sombre, plus triste. Titouan se demande ce qui peut bien se passer dans la tête de sa mère. Il s’enquiert alors de leur sort, prudemment, mais obtient seulement pour réponse : « On avance mon cœur, on avance ». S’ensuit alors une série de rebondissements inattendus : un vol de caisse dans une pizzéria, une invitation chez des écolos bobos qui se transforme en accusation de meurtre et une prise de conscience.

Un changement de direction

Un jour, Janis annonce à Titouan « C’est fini. C’est décidé. On va quelque part, chez des gens, pour te protéger. On va chez moi ». À ces mots, l’univers entier de Titouan est bouleversé. Sa mère lui avait toujours dit que ses parents étaient morts alors qu’elle avait 16 ans. Dans la maison familiale, il y découvre une grand-mère au regard triste et bouleversé, une tante grosse et maladroite aux antipodes de sa mère et un cousin insupportable. Pendant leur séjour, les histoires et les non-dits du passé resurgissent et font exploser en mille morceaux le peu de raison chez Janis et Titouan plein de questions sans réponse, se met dans l’idée de s’enfuir avec elle le plus loin possible par n’importe quels moyens.

Mon avis

À la lecture de ce roman, nous sommes embarqués dans les pensées tourmentées tantôt matures et tantôt remplies de peurs et d’inquiétudes de Titouan, notre jeune héros qui ne semble vivre que pour sa mère. Il nous dépeint une relation mère-fils à la fois touchante, troublante et dérangeante, les rôles du parent et de l’enfant étant souvent inversés. Au début de l’histoire, il nous décrit sa mère en l’appelant par son prénom, comme si c’était une personne sans rapport avec lui, de manière factuelle. Puis, « maman » prend le relais lorsque ses sentiments et ses émotions deviennent plus difficiles à contrôler.

Le rythme est d’abord lent et accélère au fur et à mesure du livre, à l’image de la montée en folie des deux personnages tout au long de l’histoire. Leur route semble sans fin et le livre aussi. Pourtant je n’ai pas pu décrocher avant de connaître le dénouement. J’ai lu ce livre sans comprendre. L’effet est très réussi puisque Titouan ne comprend pas non plus ce qui se passe. Janis mène la danse. Elle n’a pour but que de protéger son fils mais sa logique nous échappe et nous laisse sur le qui-vive dans un perpétuel état de questionnement. Personne ne sait comment elle va réagir. Elle seule connaît le chemin que nous prenons en lisant cette histoire, nous ne savons pas où nous allons et rien ne prévoit la fin.

Ce roman est à lire. Déconnecté de notre réalité et perturbant, il raconte néanmoins une très belle histoire d’amour inconditionnel entre une mère et son fils.

Carole

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Janis est folle, Olivier KA, Les éditions du Rouergue, collection doado, 2015

Dès 14 ans

Prix : 14 euros