Décision difficile et secrets de famille

Soixante-douze heures, Marie-Sophie VermotLa question est épineuse et très peu traitée en littérature jeunesse : pourquoi choisir l’accouchement sous X plutôt que l’avortement ? Malheureusement, l’auteure n’apporte pas vraiment de réponse et se contente d’un élément superficiel, en lien avec le plaisir sexuel. Qu’importe, l’important n’est finalement pas là. Car la décision d’Irène sert surtout de prétexte à engager le combat ; c’est une lutte contre la pression sociale et la tyrannie familiale.

Pour la première fois de sa vie, la jeune fille s’autorise à prendre une décision par elle-même, en livrant au lecteur ses réflexions au fur et à mesure. Des flashbacks nous permettent de comprendre comment elle en est arrivée là et les répercussions de sa situation sur son entourage, dont les secrets explosent au grand jour. Oublions la politesse factice qui régit en temps normal nos rapports sociaux ! Il est temps de se déchirer et de livrer ce que nous avons au plus profond de nous. Car il ne reste que 72 heures.

Marie-Sophie Vermot, Soixante-douze heures, Thierry Magnier

L’Appel de la mer

La Fille de l'eau, Camilla et Viveca StenLe cadre est dépaysant : un archipel suédois où chaque famille vit sur son île et où les élèves vont à l’école en bateau-bus. Un archipel empreint de nature sauvage, propice à l’étrange et à la mythologie… Outre la mer qui est un personnage à part entière, on accompagne Tuva, petite fille mystérieuse et solitaire qui n’arrive pas à s’intégrer. Et le jour où elle empêche des elfes d’enlever un camarade de classe, sa différence ne fait que s’accentuer…

On embarque alors pour un voyage inquiétant dans le folklore européen, entre trolls et farfadets. Le bestiaire est assez classique, mais l’atmosphère pesante nous prend vraiment à la gorge et se conclut sur un message écologique malheureusement nécessaire. Premier tome d’une série, ce roman plaira aux jeunes collégiens en quête d’évasion.

Camilla et Viveca Sten, La Fille de l’eau (T1), Michel Lafon

Disparition inquiétante

Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe TixierCe roman d’une sensibilité forte aborde le thème sur-exploité de l’adultère de façon originale, à travers le point de vue des enfants. Ce sont finalement eux qui se retrouvent en première ligne et en deviennent les victimes, obligés de garder le secret. Comment réagir face à la trahison de ses parents ? Comment continuer à faire semblant alors que le monde s’écroule autour de nous ?

Les Anglais ont une expression pour décrire ce moment : fight or flight. Le combat ou la fuite. Acceptation douloureuse de la réalité ou rupture franche avec la famille. Un choix dont les conséquences sont toujours difficiles, et qui obligera ici un frère et une soeur à grandir plus vite que prévu avant de pouvoir renouer une relation brisée.

Jean-Christophe Tixier & Manon Fargetton, Quand vient la vague, Rageot

Super-vilains cherchent rédemption

Le Gang des Prodiges, Marissa Meyer Enfin un roman sur les super-héros ! On se demande pourquoi il n’en existe pas davantage en littérature jeunesse… voire en littérature générale. Car Marissa Meyer peint habilement un univers fascinant, où les super-héros ont décidé de dévoiler leurs pouvoirs au grand jour. Ils rejettent la tyrannie et le mépris des gens « normaux ». Hélas, comme souvent dans notre société, ils tombent dans l’excès inverse en maltraitant à leur tour le camp opposé et en se battant pour prendre le pouvoir. En bref, les super-héros deviennent des super-vilains.

Quand quelques-uns d’entre eux se rebellent et affrontent leurs pairs pour protéger la population, celle-ci les accepte tout naturellement comme dirigeants et compte sur eux pour rétablir l’ordre. Mais sont-ils réellement légitimes pour gouverner une ville qui ne les a pas élus ? Ne devraient-ils pas plutôt rendre le pouvoir aux gens normaux et les laisser se gouverner eux-mêmes ?

Ce livre aborde la délicate notion d’anarchie, pas dans sa connotation péjorative mais en revenant à son sens premier : un rêve de liberté individuelle. C’est ce que défend la jeune héroïne à laquelle on s’attache, et qui cherche sa place dans un monde auquel elle a le sentiment de ne pas appartenir. Ni complètement bonne ni vraiment mauvaise, elle voudrait simplement avoir le droit d’être elle-même. Dommage qu’une romance fleur bleue aussi inévitable qu’inutile vienne gâcher l’effet d’ensemble, pourtant très positif.

Marissa Meyer, Le Gang des Prodiges (T1), Pocket Jeunesse