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Manon 4 min

Nowhere girl

Et si vous commenciez cette semaine avec les Beatles ? Mieux encore, avec les Beatles et Magali Le Huche ? C’est possible, grâce à la splendide bande dessinée Nowhere girl écrite et illustrée par elle-même, parue aux Éditions Dargaud le mois dernier.

« Hello, goodbye », l’école !

Années 90, Paris, à l’heure de la rentrée des classes. Magali passe en sixième, et comme beaucoup d’enfants de son âge, elle est à la fois excitée et effrayée par ce grand saut dans la cour des grands. Aussi angoissant soit le passage au collège pour certain·e·s d’entre nous, la majorité des élèves s’habitue à ce nouveau rythme, plus ou moins facilement. Ce n’est pas le cas de Magali qui, malgré le temps qui passe, est de plus en plus anxieuse à l’idée de retourner en cours.

Au moment des interrogations, c’est le trou noir ou les erreurs d’inattention. Lorsqu’il faut quitter la maison, elle a la boule au ventre. Et, avec le temps, elle est même prise de nausée en arrivant devant l’école. Une véritable phobie scolaire qui amènera les parents de Magali, compréhensifs et inquiets, à l’inscrire aux cours à distance. Ce qui n’est pas sans enchanter leur fille…

« With a little help from… » les Beatles

Le meilleur réconfort de notre héroïne dans cette période plus que difficile tient en deux mots : Les Beatles. Un dimanche après-midi, sa soeur Amé écoute une drôle de musique. Émerveillée, Magali découvre le groupe anglais avec bonheur et en devient véritablement éprise. La musique des quatre garçons dans le vent se transforme en un refuge coloré, une bulle et un cocon enchantés où les problèmes scolaires ne sont plus. Une bande de copains toujours prêts à être rejoints.

L’école à la maison permet à Magali de renouer avec la scolarité, et surtout d’écouter ce groupe à toute heure, de développer une vraie passion, voire une obsession pour leur musique. Elle se documente sur eux, s’indigne contre quiconque ne reconnaîtrait pas leur talent, et est consternée par ses copines qui, elles, ne jurent que par Patrick Bruel… Magali vit une véritable Beatlemania.

Un « magical mystery tour »

C’est bien simple, on s’embarque coûte que coûte avec ce personnage attachant, qui n’est autre que Magali Le Huche, enfant. L’autrice nous transmet son ressenti avec beaucoup de finesse, d’inventivité et d’humour. Nous comprenons parfaitement le malaise grandissant qui s’installe chez elle, ce poids de l’école qui se fait littéralement plus lourd chaque jour sur les épaules. Nous la suivons de son mal-être vis à vis de l’école à sa passion pour les Beatles.

Ses émotions y sont très présentes, et l’autrice les communique particulièrement bien grâce à de superbes illustrations. C’est le cas dans ces passages où nous sommes submergé·e·s avec elle par le monde coloré des Beatles, représenté par des illustrations en pleines pages dans lesquelles il n’y a même pas besoin de mots. Si le quotidien est noir, blanc et rose, celui du groupe adulé comporte mille couleurs : celles de leur musique pop, pleine de soleil, retranscrite par des ondes colorées et psychédéliques.

« Twist and shout » avec Magali

On ne peut qu’adhérer avec ce livre qui remonte le moral. Truffé de références aux Beatles, ce livre nous emmène à la rencontre du morse, « the walrus », de l’album « Magical Mystery Tour », du curieux octopus d’« Abbey Road », des personnages d’Alice au pays des merveilles rencontré dans I am the walrus, ou encore du bien connu sous-marin jaune. Le titre du livre Nowhere girl fait d’ailleurs écho à la chanson Nowhere man à écouter ici ! Les fans des Beatles, dont je fais clairement partie, savoureront ces multiples clins d’œil et ces élans d’amour que beaucoup ont probablement partagé.

Si le sujet initial de la phobie scolaire est plutôt grave, l’issue du livre ne l’est pas – ce titre en est la preuve. Il illustre avec douceur le passage de l’enfance à l’adolescence. Grâce à ce savant mélange entre maux et engouement pour ce groupe pop si lumineux, cette bande-dessinée est un petit bijou qui nous émeut et nous réjouit à la fois.

À lire d’urgence en écoutant les Beatles

Nowhere girl, Magali Le Huche, éditions Dargaud, 2021. 19,99€.

PS : Si d’aventure Magali Le Huche lisait cette chronique, nous serions plus qu’enchantées de l’interviewer sur notre site !

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