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Carole Mazerand 4 min

Se rebeller pour exister ou bien se taire pour plaire ?

Bouleversante est l’histoire que nous dépeint Claire-Lise Marguier dans son roman Le faire ou mourir. Damien DeCarolis dit Dam DeCaro, 15 ans, mal dans sa peau, en conflit avec sa famille et roué de coups par la bande des skateurs, nous parle de sa détresse.

Dam veut passer inaperçu, ne pas faire de vagues. Malheureusement, son physique de gringalet lui donne l’aimable rôle de punching ball à l’école et sa sensibilité est le sujet des meilleures blagues familiales. Quoiqu’il fasse, il est au centre de l’attention.

Dam ne sait pas où se trouve sa place. Entre la persécution des autres collégiens, des moqueries constantes de sa sœur et de son père qui n’a de cesse de lui reprocher tout et n’importe quoi, il n’a de soulagement que lorsqu’il repasse encore et encore sur son inscription à l’intérieur de ses cuisses avec sa lame de rasoir. N’ayant pas le courage de dire son mal-être et de se défendre, faire couler son sang est la seule échappatoire qu’il ait trouvée. Comme s’il se libérait de tous ses ennuis par la même occasion.

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Une rencontre

Un soir, alors qu’il recevait une série de coups, Samy, de la bande des gothiques, s’interpose. Il l’emmène alors avec lui au milieu de ses pairs pour le réconforter. Dam y découvre un groupe d’amis soudés qui se partagent une seule chaise même s’il y en a d’autres de disponibles, qui écoutent de la musique ensemble et qui se respectent les uns les autres. Par-dessus tout, il y découvre une paix et une tranquillité qu’il n’avait jusqu’alors pas eu le droit d’avoir. Il fait désormais partie de la bande. Il sort, traîne tout le temps avec eux. Leur look tout noir, cheveux gominés, eyeliner et vernis ne plaît pas à tout le monde et surtout pas à son père. Peu importe, être avec eux et spécialement avec Samy est la meilleure chose qui lui soit arrivée.

 

Une sentence

Son père n’est pas de cet avis. Le changement physique de Dam ne lui plaît guère et sa fureur se déchaîne lorsque son fils lui annonce qu’il est homosexuel. Pourtant, c’est faux, mais cela semble convenir à tout le monde, d’autant plus qu’il aime Samy. Il n’est pas gay mais Samy, c’est comme ça, il l’aime. Son père ne peut supporter davantage et lui interdit tout contact avec eux. Désormais, il l’accompagnera et le ramènera tous les soirs.

Dès lors, les récréations paraissent à Dam comme les seuls moments de respiration. C’est bien le seul endroit où son père ne peut intervenir. Samy est inquiet, et pour cause, Dam a de plus en plus besoin de se scarifier. Ils trouvent quelques moments de tranquillité dans les aléas de leurs emplois du temps. Samy veut que Dam se confie, parle, se défende. Mais il n’en a pas la force.

 

Basculement dans la terreur

Tout dégénère le soir de son seizième anniversaire. Dam, qui revient d’un séjour à l’hôpital après une blessure à la main, se repose chez lui. Samy, mort d’inquiétude, décide de venir le voir contre ses protestations. Dam alors s’effondre et se confie à lui. Pris dans le moment, le besoin de se rassurer et de se réconforter, ils commencent à se déshabiller. C’est le moment que choisi son père pour rentrer du travail et faire irruption dans la chambre. Des cris, des pleurs, des injures, des gifles fusent dans tous les sens. Samy rentre chez lui plus que jamais révolté et Dam fait le dos rond en attendant que ça passe. Le lendemain, son père lui annonce qu’il change de collège. Dam bascule alors dans un état de folie, de rage et de vengeance au-delà du réel.

 

Cœurs accrochés seulement

Ce roman de 100 pages est un des livres les plus difficiles que j’ai lus. La souffrance du personnage est telle qu’il est impossible de rester de marbre. Damien s’adresse directement aux lecteurs et nous imprègne encore plus de son histoire. Nous plongeons directement dans ses pensées sans aucun filtre. Il se livre comme à un journal intime. Une écriture sans chapitre, sans respiration, nous empêche de lever les yeux avant la fin. La colère est très présente et nous devons faire tous les efforts possibles pour ne pas se laisser entraîner et se rappeler que c’est un roman. Entre l’incompréhension d’un silence, d’une absence de défense et un sentiment de révolte vis-à-vis de parents qui ne savent pas comment gérer une situation à laquelle ils ne s’étaient pas préparés, cette lecture m’a prise aux tripes et m’a bouleversée au plus profond de moi. Je le recommande à toutes personnes ayant le cœur bien accroché et avise les plus sensibles de s’y abstenir.

 

Carole

 

Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier, Éditions du Rouergue, coll. Doado

9,70 euros

Dès 16 ans

 

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