La solitude, la différence, le mal-être, les grands drames de la vie peuvent empêcher d’en voir les couleurs. Voici quelques livres qui montrent comment on peut se construire malgré les peines… et en sortir plus forts !

Les fleurs de Grand frère

Un joli titre qui en dit long sur son contenu. Cette semaine je vous recommande Les fleurs de Grand frère, une bande-dessinée réalisée avec beaucoup de finesse et de douceur par Gaëlle Geniller.

Grand frère est surpris lorsqu’un matin de printemps, des fleurs ont poussé sur chaque côté de sa tête. Immédiatement, il a envie de les couper. C’est peu commun. Si elles venaient à trop pousser et qu’elles l’engloutissaient ? Que penseront les copains ? Et à la fois, elles sont si belles… Ses parents l’encouragent à les garder, c’est l’occasion de vivre une nouvelle expérience ! Peu à peu, aidé de son petit frère qui nous raconte cette histoire, le jeune garçon apprend donc à les écouter, les comprendre, les protéger. Ses amis sont d’abord étonnés, mais s’y habituent vite. Grand frère finit ainsi par les accepter, et il se sent bien, jusqu’au jour où, à l’arrivée de l’hiver, les fleurs disparaissent. Avec le temps, il comprend une chose : ses fleurs sont toujours là, en lui, et il sait désormais les écouter et être bienveillant avec elle ; avec lui.

Dans une atmosphère chaleureuse, florale et lumineuse, cette bande-dessinée nous amène de façon délicate à interroger la notion de différence. Elle est semblable à un passage vers l’adolescence, si propice aux remises en question, et nous montre combien il est agréable de vivre avec ces fleurs une fois que nous apprenons à les accepter.

Les fleurs de Grand frère, Gaëlle Geniller, éditions Delcourt, 14,95€.

Manon

Les bons amis

Les lecteurs des albums du Père Castor reconnaîtront tout de suite ce grand classique. Des retrouvailles réconfortantes pour penser la solitude.

Par un jour de neige, un petit lapin se réveille et constate que la journée sera difficile. Partant en quête de nourriture, il a la chance de trouver deux belles carottes. Mais voilà : au lieu de manger la seconde, il pense à son voisin et ami, qui a peut-être froid et faim tout seul chez lui… S’empressant d’aller lui porter son cadeau mais trouvant la maison vide, il le laisse sur la table. Quand le petit cheval rentre et découvre le présent, touché par cette attention mais pensant à un autre de ses amis dans le besoin lui aussi, il la porte au mouton, qui lui-même la portera au chevreuil, qui lui-même… 

La carotte de l’amitié fait ainsi le tour des maisons vides, et vient comme une petite flamme orangée réchauffer le cœur des animaux. Sans jamais qu’ils se croisent, le cadeau agit comme un message entre eux, rempli d’attention et porteur de réconfort. Ce qui est intéressant est qu’il agit aussi comme un propagateur de générosité : le partage appelle le partage dans ce conte. Parmi les clés de lecture, on y voit aussi chacun se contenter du nécessaire et se réjouir des liens immatériels qui les unissent aux autres, et on y apprend que malgré le froid et la solitude, faire le bien autour de soi est une joie qui se partage.

Les bons amis, Paul François et Gerda Muller, éditions Flammarion.

Bérengère

Tout plutôt qu’être moi de Ned Vizzini

À 15 ans, Craig n’est pas seulement mal dans sa peau : il souffre de dépression. La maladie, la vraie, celle qui ne vous lâche pas et n’a besoin d’aucune raison pour vous convaincre d’en finir avec la vie. Avec tout. À quoi bon ?

Pourtant, Craig a des amis et des parents plutôt compréhensifs. La fille qui lui plait ne semble pas indifférente à ses avances, et il n’a traversé aucune épreuve existentielle. Certes, il subit un peu de pression dans la prestigieuse école qu’il vient d’intégrer, mais rien qu’un peu d’herbe ne puisse régler. Cela n’empêche pas Craig d’être au bord du gouffre et de nourrir constamment des pensées suicidaires, jusqu’à ce qu’il demande à se faire interner dans un hôpital psychiatrique.

Si le point de départ est sombre, le reste de l’histoire est celle d’une reconstruction. On suit le parcours d’un ado qui se bat pour reprendre goût à la vie, avec toutes les difficultés et les rechutes que cela implique. Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, vivre n’est pas facile, même quand « tout va bien ». J’étais de ceux-là et je ne comprenais pas le mal qui ronge certaines personnes sans motif apparent. Ce livre m’a ouvert les yeux.

Plus qu’un roman sur la dépression, c’est une ode à la vie et au courage. Le courage de reconnaître ses problèmes et de demander de l’aide pour les affronter. Le courage de voir le verre à moitié plein ? Peut-être, car la volonté et le désir de vivre y occupent une place essentielle. Mais surtout le courage d’être soi, avec ses failles et ses faiblesses, même quand on ne sait pas vraiment qui on est.

Alors peut-être, simplement, le courage de le découvrir.

Ned Vizzini, Tout plutôt qu’être moi, La Belle Colère, 2016.
Également disponible en poche aux éditions 10/18, et adapté au cinéma sous le titre Une drôle d’histoire.

Stéphanie

Le Bleu à l’âme ; les mots de la guérison

Le Bleu de tes mots est un roman que j’ai découvert en automne dernier et dont je ne pouvais faire autrement que de tourner les pages frénétiquement.

Rachel est une jeune femme qui a laissé il y a trois ans de cela sa ville natale, son lycée et Henry, son meilleur ami dont elle était alors secrètement amoureuse, pour une nouvelle ville au bord de l’océan avec sa mère et son frère. Sachant son départ imminent, Rachel laissa un mot dans le livre favori d’Henry pour lui déclarer son amour. Et puis le départ, les jours passant, les mois, et étrangement il ne fit jamais mention de cette bombe lâchée dans leurs échanges.

Une période douce démarre alors, aux centaines d’heures passées dans l’eau, jusqu’à ce que survienne une tragédie ; un moment d’inattention et le jeune frère de Rachel est pris dans les vagues et meurt noyé…

Notre histoire démarre une année plus tard lorsque l’on persuade Rachel de retourner dans son ancienne ville car un travail s’est créé dans la librairie des parents de son ancien meilleur ami. C’est un retour direct dans le passé dont la jeune femme se serait bien passé, encore bouleversée par son deuil et en colère du silence d’Henry. C’est cependant contre toute attente, après s’être retrouvés et parlés, qu’ils se retrouvent et que le jeune homme réussit à apprivoiser son amie qu’il redécouvre à force de gentillesse et de rires. Cette lecture nous plonge dans son univers, rêveur et fantaisiste, dont la littérature est le plus grand pilier et une passion sans limite, tout comme ses livres et la librairie familiale.

Au fil des pages, l’énorme chagrin qui submerge Rachel, contenu entre les murs d’une pudeur qui l’empêche d’expliquer à ses amis ce qui est arrivé à son frère, apprend progressivement à se calmer. La fresque humaine et haute en sentiments qu’elle côtoie dans cette nouvelle vie ainsi que les perfusions de mots et de lectures d’Henry comme des perfusions de bonheur parviennent doucement à soulager la petite Rachel intérieure pleurant et hurlant sans arrêt.

Nous traversons le drame de ce livre comme une tempête dont les impressionnants tumultes sont temporaires. C’est très émouvant d’observer Rachel arriver à voir finalement les premiers rayons de sa vie qui viennent quand la tempête laisse la place au calme.

Le deuil est un grand sujet de ce beau roman mais n’est pas le seul loin de là : sachez qu’il est aussi très amusant à plus d’une reprise et que l’amour tient une place majeure. L’amour de personnes réalistes, intelligentes et attachantes mais aussi la passion pour les mots : les mots guérisseurs, les mots élévateurs, les mots poétiques comme doctrine de vie.

Quel bonheur !

Un roman à dévorer à partir de 13, 14 ans.

Le Bleu de tes mots, Cath Crowley, Pocket jeunesse, 2019.

Chloé