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Ariane Baste Morand 3 min

L'homme est par nature un animal politique

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est tout une branche de la littérature qui se penche sur la question épineuse d’une « nature » de l’humanité. William Golding, avec Sa Majesté des mouches, se rattache à ce mouvement de pensée.

Un avion s’écrase sur une île déserte en plein milieu du Pacifique avec, pour seuls survivants, une ribambelle de petits garçons âgés de 6 à 12 ans. Enthousiasmés tout d’abord par l’absence d’adulte, ils élisent un chef, Ralph, le plus âgé d’entre eux, et sa première décision est d’allumer un feu en haut de la montagne pour que la fumée alerte les bateaux qui passeraient au large. Mais le premier feu n’est pas contrôlé et brûle tout un pan de végétation.

Ralph prend alors conscience que leur vie sur l’île ne peut être qu’un jeu et qu’il devra dorénavant sévir davantage.

Peu de temps après, les plus petits commencent à faire des cauchemars : une bête rôde la nuit sur l’île et les terrorise. Les plus grands tentent de les rassurer mais la peur finit par les rattraper et la bête, sous toutes ses formes, sème régulièrement la panique.

Petit à petit, presque imperceptiblement au début, la mentalité des garçons change. Le jeu enfantin se rapproche dangereusement de la cruauté animale. La civilisation, devenant un souvenir de plus en plus lointain pour ces enfants, vacille comme une flamme dans le vent.

La survie sur l’île les pousse à grandir trop vite. Un garçon en particulier, prénommé Jack, devient obnubilé par la chasse. Il découvre avec angoisse puis ferveur la puissance du geste meurtrier et prend goût au sang. A chaque partie de chasse, il entonne un refrain menaçant qui enchante ses compagnons et les contamine du même enthousiasme.

Une seule voix raisonnable se fait entendre parmi les cris incohérents des enfants : celle de Porcinet (nous n’apprenons jamais son vrai prénom car il sera surnommé de la sorte dès le début par les autres enfants). Seulement il se voit constamment chamaillé par les autres qui le ridiculisent.

Ralph finira pas prendre son parti lorsqu’il sera témoin de la décadence et du désordre qui s’installent, le refus de respecter les règles au profit du jeu. Il se rattache à l’idée du feu, à sa fonction salvatrice, et donc à la possibilité d’être sauvé par les adultes. Mais même à lui cette idée échappe de temps en temps, et Porcinet le lui rappelle régulièrement comme pour ne pas que lui aussi oublie.

Le roman est tendu par un suspense constamment renouvelé et les 40 dernières pages sont un crescendo saisissant de folie, brillamment exécuté, jusqu’à l’échappatoire final.

Il fait partie des classiques enseignés au primaire ou au collège chez les anglo-saxons, bien qu’il touche aussi les adultes. 

Un roman audacieux et percutant, qui nous invite, petits et grands, à réfléchir : et si la bête était parmi eux ? En eux ? En nous ?

Ce ne sont que des petits garçons après tout … Pas vrai ?

Lord of the Flies de William Golding a été publié en 1954 chez Faber and Faber. Il a été traduit et publié en 1956 sous le titre Sa Majesté des mouches aux éditions Gallimard dans la collection « Du monde entier ». Ce best-seller a depuis été réimprimé de nombreuses fois. Il a gagné le prix Nobel de Littérature en 1983 et a été adapté deux fois au cinéma.

Ariane

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