Malgré les apparences, on est bien loin des western et de la ruée vers l’or, mais il est bien question de pépite. Cet album d’Olivier Douzou, publié aux éditions du Rouergue, est en compétition pour les Pépites du Salon de Montreuil 2016, dans la catégorie « Moyen » (8/11 ans).

 

On l’appelait Annabil

Elle s’appelait Buffalo Belle

Petite, elle troquait volontiers dînette et marelle contre bac à sable et tractopelle. Elle se voyait cowboy plutôt que princesse. Point de jugement de la part des grands, ils trouvaient cela plutôt amusant. Cependant, tout se complique en grandissant. Pas de vernis à ongles, ni d’accessoires autres que ses boucles de salopette. Venait le temps des questionnements, pour Annabelle, comme pour les gens autour d’elle. Faut-il se ranger dans une case, comme l’exige l’état civil ? Bien des gens vous diront que cela va de soi : on naît mâle, ou on naît femelle, un point c’est tout. Pourtant, rien n’est moins évident pour Annabelle, qui, devenue une jeune adulte, finit par s’épanouir en restant égale à elle-même et en traçant son propre chemin.

 

Quand il devient elle

quand elle devient il

Cet album de petit format, lorsqu’on le feuillette, s’apparente à un recueil de poèmes. À chaque page, le texte se présente sous forme de vers, où l’auteur nous livre un exercice de style qui n’est pas sans rappeler ceux de l’Oulipo : le jeu consiste ici à inverser les 3e personnes il et elle au sein des mots, donnant ainsi naissance à de nouveaux mots.

 

Buffalo Belle extrait

 

Le lecteur est alors invité au jeu de l’inversion des sexes, qui devient plus aisé au fur et à mesure de la lecture, et finit par acquérir une certaine fluidité, une musicalité qui rappelle les comptines. Il permet ainsi à l’auteur de donner force à la thématique abordée : la question du genre. Ainsi, les lettres qui s’intervertissent traduisent le tâtonnement d’un enfant à la recherche de son identité.

 

Je suis ce que je suis, je serai ce que je veux

Ce n’est qu’à la fin de l’ouvrage, marqué par un changement visuel fort – les pages blanches faisant place à un fond orange fluoque l’enfant, devenu adulte, s’affirme : il ou elle laisse place à je, dans un poème en vers libres où l’affirmation du moi est métaphorisée par la rivière qui, sortie de son lit au niveau de l’estuaire, se jette dans l’océan et finit par y tracer son propre chemin.

Buffalo Belle propose ainsi une autre alternative aux stéréotypes de genres : ce qui importe, ce n’est pas de rentrer dans les cases empoussiérées de la société, mais de suivre ses instincts et d’être soi.

 

Une future Pépite ?

Ce qui m’a touché dans cet ouvrage, c’est d’abord le thème abordé, très débattu en ce moment : la question du genre, qui semble encore diviser le monde de nos jours, notamment avec la polémique récente autour de la « théorie du genre ».

Ici, pas de politique, ni de revendication, mais une histoire familiale. En effet, l’auteur illustrateur, Olivier Douzou, nous fait don d’une œuvre qui relève de l’intimité, puisqu’elle s’adresse à sa fille, Zélie. C’est un peu elle, Buffalo Belle, représentée de l’enfance à l’âge adulte sous les traits de tous ses autres enfants. Une œuvre intime, donc, un beau témoignage d’amour, mais qui s’adresse également à tous les autres jeunes qui se sentent un peu perdus entre ce qu’ils sont et ce qu’on leur demande d’être.

La profondeur du sujet est présentée dans un écrin habile : un petit format original et léger, une grande liberté de style et de composition, et des esquisses au crayon, dont le trait inachevé, mais d’un noir si dense, semble évoquer à la fois la fragilité et l’affirmation des sentiments de l’héroïne.

En conclusion, si cet ouvrage n’est pas élevé au rang de « Pépite » le 30 novembre prochain, il demeure un joyau qui n’a pas fini de briller.

 

Buffalo Belle, d’Olivier Douzou, éditions du Rouergue, 2016.

12,00 €