cheveux

On retrouve Awa, Ernestine et Dado dans cette suite du roman Le coeur n’est pas un genou que l’on peut plier.

Sauvée d’un mariage forcé avec son cousin, Awa peut passer son été avec Agathe, sa meilleure copine, pendant que le reste de la famille passe des vacances au Sénégal. Après avoir parlé de douleurs qu’elle ressent au niveau de son bas ventre avec la mère d’Agathe, Awa décide d’aller consulter une médecin au planning familial.

« – Vous avez effectivement été excisée, répondit-elle au regard interrogatif qu’Awa levait vers elle en même temps qu’elle laçait ses Converse sur le linoléum de la première pièce. […]

– Je ne comprends pas. Pourquoi on m’aurait fait ça ? Sans jamais m’en parler ? À quoi ça sert ?

– À rien, malheureusement. C’est une tradition ancestrale, coriace. J’imagine que, pour vos parents, la pratiquer devait relever de l’évidence. Qu’autour d’eux, toutes les femmes, depuis des générations…

– Mais c’est délirant…

Awa secouait la tête, furieuse :

– … que personne n’ait pensé à m’avertir qu’on avait coupé une partie de moi, POUR RIEN. »

Sabine Panet et Pauline Penot s’attaque à une nouvelle polémique : l’excision des femmes.

Sujet plus sensible et intime que le mariage forcé, les femmes de la famille ont bien du mal à s’exprimer sur la chose. Dado a un rôle plus ambigu par exemple. Bien qu’elle soit la femme la plus affranchie de la famille, parler d’excision ne lui est pas facile. C’est trop privé. Ce n’est pas la même génération et on voit bien dans ce tome que les interdits culturels sont malheureusement bien ancrés en elle. C’est au tour de la grand-mère paternelle d’Awa d’apporter son soutien et son secours à la plus jeune de ses soeurs, Amayel, bien que cette intention soit parfois mal interprétée.

Progressivement, le silence du tabou devient des paroles explicatives et rassurantes, ce qui permet à Awa de s’affranchir et de reconnaître sa douleur d’avoir perdu une part d’elle-même.

Le lecteur a droit à des témoignages de femmes excisées, pleines de tristesse d’avoir fait vivre ça à leurs filles, d’avoir perpétué cette tradition nocive, de l’avoir vécu soi-même. Comme à leur habitude, les deux auteures ont pondu un texte écorchant et drôle à la fois, qui donne matière à réflexion et peint un portrait vulnérable et touchant des femmes victimes. C’est aussi un récit de bravoure et de reconstruction d’une identité maltraitée.

Pour tout ado qui veut se pencher sur le sujet de l’excision, ce roman est d’une aide précieuse pour comprendre ce phénomène et permettre une ouverture au dialogue.

Bonus : On retrouve un proverbe pertinent du continent africain à chaque en-tête de chapitre ! 

La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux, Pauline Penot et Sabine Panet, aux éditions Thierry Magnier.

Ariane