« Bien, de quoi s’agit-il ?

Vous êtes prêts ?

D’accord. Respirez. Je vais vous raconter » (Début du 1e chapitre) 

Humains. Laconique, j’ai d’abord trouvé le titre et la première de couverture assez mystérieux et, à vrai dire, peu accrocheurs. En revanche, la lecture des premières lignes de l’ouvrage ont tout de suite capté mon attention et je n’ai pu m’en séparer pendant plus d’une semaine.

Dès la préface, on comprend que le monde inventé par Matt Haig est bien particulier. Les aliens s’interrogent au sujet des humains, de la même façon que, nous, les humains nous interrogeons à propos des aliens. D’ailleurs, pour tout lecteur qui serait autre qu’un terrien, le narrateur rappelle dès les premières lignes, « pour ceux qui l’ignoraient, […] que l’humain est une forme de vie réelle, bipède, d’intelligence médiocre, qui mène une existence largement bercée d’illusions sur une petite planète aqueuse ». L’ironie latente et l’humour de Matt Haig pressentis ici se retrouveront tout au long du livre.

Suite à la découverte du professeur Andrew Martin d’une solution mathématique, qui révolutionnerait l’humanité si elle était révélée au grand jour, les aliens le capturent. Ils le remplacent par l’un des leurs, sous une apparence identique. Celui-ci a pour mission de supprimer toutes les informations concernant cette formule, ce qui implique de tuer ceux qui pourraient en avoir connaissance… Pour accéder à ces données, notre protagoniste se doit d’être comme l’ancien et de se fondre dans un costume qui lui est étranger. Tout est nouveau pour lui et c’est d’abord avec surprise et dégoût qu’il découvre les attitudes humaines qui lui semblent aberrantes : celle des adolescents « aux vocabulaires largement monosyllabique » et à « l’appétit insatiable pour les céréales » ; celle des adultes dont le Langage des sourcils, qui s’abaissent et se lèvent sans arrêt, l’exaspère ; et même celle de sa mère, qui ne cesse de parler de ses douleurs pendant des heures, sans qu’il n’ait jamais rien demandé.

Ce qu’il découvre aussi, c’est que la vie humaine n’est pas aussi désagréable qu’il l’imaginait en arrivant sur terre. Son cœur chavire lorsqu’il lit pour la première fois la poésie d’Emily Dickinson, puis à l’écoute des chœurs des Beach Boys, Daft Punk, Mozart, le Clair de lune de Debussy qui selon lui est « la représentation de l’espace la plus juste qui ait jamais entendue », la compagnie fidèle de son chien Newton et… le beurre de cacahuète qu’il ne se lasse pas de manger. Ainsi débute son initiation et son laisser-aller à la vie des hommes. Attendri par le mal-être de son fils Gulliver et les souffrances de sa femme Isobel, le remplaçant d’Andrew Martin aura bien des difficultés à réaliser sa mission…

En compétition pour le prix littéraire jeunesse du Salon de Montreuil 2014, je n’ai pas été surprise, une fois ce livre terminé, que l’ouvrage de Matt Haig ait été sélectionné. Truffé de — bonnes — références culturelles, philosophiques et scientifiques (dans lesquelles il m’a parfois perdue…), je me suis plu à lire un second niveau de lecture. Si son récit semble vouloir enseigner de temps à autre certains commandements à son lecteur (cf. dans les dernières pages du livre, les 97 « conseils à un humain »), l’autodérision n’est jamais loin.

Petit ou grand, à lire absolument !

Humains, Matt Haig, Hélium, 2014

Manon G.