Dans son dernier roman Nous sommes l’étincelle, paru en avril aux éditions Pocket Jeunesse, Vincent Villeminot raconte une révolution. Son échec ou sa réussite, selon le point de vue. En tout cas, ses origines et ses conséquences.

Des temporalités croisées

Tout commence en mai 2061 au cœur de la Dordogne. Cadre forestier pour une scène idyllique : trois enfants pêchent dans une rivière. Interrompus par une meute de loups, ils se réfugient dans les arbres pour profiter du spectacle. Mais est-ce bien le début de l’histoire ?

2042 : Un policier empêche un viol sur un campus universitaire qui ressemble fort à une prison.

2022 : Un jeune universitaire publie un pamphlet révolutionnaire qui conduira à son exclusion, mais qui inspirera aussi les rêves de toute une génération.

Vincent Villeminot mêle habilement ces trois temporalités pour construire son récit. La structure de l’intrigue se dévoile peu à peu, autour d’un point central dont on comprend progressivement les enjeux. Captivés par l’intrigue principale, on prend néanmoins le temps d’explorer ses tenants et aboutissants : comment en est-on arrivés là ?

La jeunesse se révolte

Comme beaucoup d’histoires, celle-ci commence par une révolution. On pourrait la comparer à mai 68 ou à beaucoup d’autres : ceux qui osent clamer haut et fort « Nous sommes l’étincelle », encore une fois, ce sont les « jeunes ». Ces éternels insatisfaits qui ont l’audace de remettre en cause le système – alors que ce système a fait ses preuves depuis des siècles. Ainsi va la vie. De quel droit disent-ils non ?

Ce droit, justement, ils le prennent parce que la société le leur refuse. Une société qui voudrait les voir grandir, travailler et vieillir dans l’ordre, comme ça s’est toujours fait. Au diable les perspectives d’avenir et les envies de changement… Le futur est tout tracé ; impossible de s’en écarter. Sauf à tout rejeter

Nous voilà donc entraînés dans un retour à la terre aussi naïf que radical : manger ce que l’on produit soi-même sur un lopin de terre dont personne ne voulait, en construisant nos villages et nos propres lois. Sans violence, sans chef, sans aide. Une rupture franche et paisible. Doux rêveurs.

Rêve ou réalité

Le rêve se heurte à la réalité quand tombent les premières neiges, quand la police évacue des campements, quand des incidents éclatent entre révolutionnaires. Est-ce le début ou la fin ? La mort de l’étincelle ou le commencement du brasier ?

Il n’y a probablement pas de bonne réponse. C’est ce que Vincent Villeminot essaie de nous faire comprendre : chacun a le droit d’essayer, de se tromper et de recommencer. L’important, c’est de choisir sa voie. Au final, qui peut nous juger ? Qui sommes-nous pour décider de ce qui devrait être ?

Ce roman est un véritable numéro d’équilibriste, oscillant entre optimisme et désespoir. Une réflexion sur la liberté et la civilisation. Posez-vous la question : quelle est réellement votre marge de manœuvre ? Jusqu’où seriez-vous prêts à aller ? L’écriture incisive et imagée de l’auteur interroge mais ne tranche pas. Elle se contente d’une promesse : Do not count on us.

Il ne suffit pas de déclencher un mouvement pour avoir raison. Mais il faut peut-être lui laisser une chance, et souffler sur la braise pour voir si le feu prend.

Où serait le social d’un contrat dont on arrache la signature par l’habitude, la peur, les besoins, la soumission, sans consentement de quiconque ?

Il n’y a pas de choix ; le seul droit qui reste, pour le contractant forcé, est de se dérober.

Je le fais par ce texte… Nous le ferons par nos actes.

Vincent Villeminot, Nous sommes l’étincelle, Pocket Jeunesse, avril 2019.

À lire aussi :

La révolution a une couleur : Red Rising de Pierce Brown.

Se rebeller pour exister ou bien se taire pour plaire : Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier.