Charlie Gordon est un homme de 32 ans et il a pour ambition de devenir intelligent. Depuis son plus jeune âge, Charlie souffre d’un retard mental léger qui l’empêche d’apprendre et qui fait de lui un simple d’esprit. Il travaille à la boulangerie d’un ami de son oncle et prend des cours pour adultes retardés avec Miss Kinnian. Il se fait recruter par le Dr Strauss et le Pr Nemur pour être le premier homme à subir une opération sur le cerveau ayant pour but de doubler le Q.I. L’expérience a réussi une seule fois auparavant pour le cas de la souris Algernon, contre qui Charlie doit se mesurer au cours de certaines épreuves.

Grâce à l’opération, Charlie est bientôt capable d’apprendre et de retenir l’information. Son esprit critique commence à se développer et il parvient à comprendre ses propres réactions à la lumière de souvenirs d’enfance dont il se souvient enfin.

« Je suis comme un homme qui serait né aveugle et à qui l’on a donné la chance de voir la lumière. »

Mais avec l’intelligence vient aussi la solitude. Au fur et à mesure que son Q.I augmente, Charlie se rend compte qu’il a du mal à établir des liens avec ses semblables. Les médecins le considèrent comme leur cobaye et non un être humain. Algernon, qu’il essaye de battre à tout prix au début, devient son allié, l’être qui se rapproche le plus de ce qu’il est devenu. Il est au dessus de ceux qui avaient méprisé sa bêtise et qui maintenant regrettent son génie, lui en veulent.

« Elle a dit que cela n’avait pas d’importance mais qu’il ne faudrait pas que j’aie de la peine si je découvrais que tout le monde n’était pas aussi gentil que je le crois. »

Les premières pages sont déstabilisantes étant donné que l’orthographe et la grammaire ne sont pas respectées délibérément. La pensée de Charlie prend peu à peu de l’ampleur mais elle commence comme un flux de conscience très restreint et pauvre. NB : Ne pas s’inquiéter, la richesse et la profondeur émotionnelles ne se font pas attendre trop longtemps.

Grâce à ses études en psychologie, Daniel Keyes nous donne à voir un spectacle de lutte entre le conscient et l’inconscient, Charlie cherchant à tout prix à se souvenir de son passé, puis de façon violente, à le refouler.

Ce roman aborde la question de l’intelligence dans ses deux extrêmes et montre comment toute différence, tout type d’ «exceptionnel» est en fin de compte problématique. L’intelligence de Charlie va lui permettre d’aller au plus profond de lui-même, mais aussi découvrir qu’il est plus dur d’être heureux lorsque l’insouciance nous a quitté.

Il se rend compte qu’il a simplement pris la place du Charlie d’avant, de manière temporaire, et que c’est dans la logique des choses de la lui rendre à un moment donné.

« Comme je l’avais soupçonné, il ne s’était pas vraiment effacé. Rien, dans notre esprit, ne s’efface jamais vraiment. »

Le lecteur est témoin de l’évolution fulgurante d’un esprit en éveil, avec tout ce que cela implique d’émerveillement et d’incompréhension face à un monde qui lui avait toujours échappé. Charlie souligne la chance comme le malheur des hommes d’avoir la capacité de se connaître et de connaître le monde.

Une expérience humaine absolue et touchante.

Flowers for Algernon de Daniel Keyes est publié chez Harcourt, Brace & World en 1966. Des fleurs pour Algernon paraît en 1972 aux éditions J’ai lu. Ce roman n’a eu de cesse d’être réédité et réimprimé depuis dans le monde entier.

Ariane